Kyrie Eleison - Les enfants de Satan

Enfants de Dieu, vous voilà adoptés par Satan...
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Nous sommes en mars 1850...Le temps est plutôt à la pluie du côté de Paris, brumeux pour la Transylvanie et clément en Italie...


Les prédéfinis sont arrivés ! Adoptez-les, ils sont adorables <3

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 Une Anglaise au théâtre...

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Alice Lawford
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"La jeunesse est un art car nous la vivons comme si nous étions immortels..."

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MessageSujet: Une Anglaise au théâtre...    Jeu 12 Juil - 21:40

Alice était presque vexée. Les deux places qu'elle avait reçues pour la représentation du théâtre des vampires se trouvaient dans le parterre. Elle ignorait la coutume des théâtres français mais en tout cas en Angleterre, c'était les gens de seconde classe qui s'asseyaient dans le parterre et plus d'une fois sa mère et elle avaient refusé de se rendre au théâtre si elles n'avaient pu obtenir de places à un balcon fut-ce au troisième. Cependant, nouvelle à Paris, étrangère et inconnue de la plupart de ces gens, il aurait été mal venu de faire la fine bouche. Une place au balcon se conquiert lentement comme on construit sa réputation. Aussi fut-ce avec une indifférence feinte et un petit sourire doux et réservé qu'elle se dirigea vers le troisième rang. Somme toute, pour un parterre, elle et Lansbury ne seraient pas trop mal placées. Des balcons l'un ou l'autre habitué des salons courus de la capitale finirait bien par remarquer sa beauté... La place était donc bonne pour faire mordre à l'hameçon de ses charmes.

Alice était radieuse ce soir. Elle portait une magnifique robe sobre mais d'un goût très sûr. Sur un jupon de satin parme broché de petite piqûres violettes elle portait une tournure haute en velours noir dont les pans tombaient court sur le devant mais dont la traîne tombait longue, laissant derrière elle une ample coulée de ce tissus aux reflets luisants lui donnant de vagues airs d'une pouliche frisonne dont les crins soyeux onduleraient sur sa croupe ferme et subtilement dessinée. Son corsage était également de velours noir, rigide et très serré. Sa devanture s'ouvrait sur un refond du même effet que son jupon. Ses petites manches bouffantes couvraient ce qu'il faut de ses épaules pour que la plus critique des commère ne la juge pas indécente et une fine dentelle violacée bridait l'audace de son corsage en cachant trois centimètre de plus de sa superbe gorge blanche comme celle d'une colombe. Ses cheveux remontaient sur le haut de son crâne en un savant fouillis de boucles bien dessinées qui retombaient en une grappe d'anglaises sur l'arrière de sa tête. L'une d'entre elle courait savamment le long de sa nuque, soulignant la grâce de son cou de cygne. Dans ses cheveux se perdaient quelques plumes noires et une légère voilette violette qui froufrouttait cavalièrement sur la gauche de sa tête. Une paire de pendants d'oreille d'améthyste et un collier das du cou orné d'un magnifique camée complétaient le tableau, tout comme la longue paire de gants de velours noirs qui lui remontaient jusqu'en haut du coude.

Miss Lansbury était comme à son habitude une véritable pelote de rubans aujourd'hui la couleur était au taupe et au feuille morte. Le vaste bonnet de dentelle était miraculeusement resté à l'hôtel et un sévère chignon encadré de deux mèches aux boucles serrées, un chignon d'un autre âge, trônait sur la figure ronde de Miss Lansbury trop fardée de blanc et de rouge. Contrairement à Alice qui affichait un visage souriant, Miss Lansbury était renfrognée et bougonnait des récriminations entre ses lèvres légèrement fripées.


- Tout de même, un théâtre qui s'appelle "le théâtre des vampires" ça n'a rien d'engageant!

Alice marmonna tout bas d'une voix exaspérée :

- Oh, arrêtez avec vos superstitions de vieille fille, Lansbury! A Venise, le théâtre s'appelle "La fenice", ce n'est pas pour autant que des oiseaux enflammés volent dans tous les coins! Que craignez-vous donc? Que nous croisions un suceur de sang?

La vieille fille se signa précipitamment.

- Miss Alice, arrêtez de dire des choses pareilles! C'est en en parlant des malheurs qu'on les fait venir.

Exaspérée, Alice jeta les yeux au ciel avec un petit claquement de langue agacé.

- N'empêche qu'un théâtre qui envoie ses places sans qu'on les demande, c'est qu'il ne doit avoir un bon spectacle!

- Margaret, vous n'y connaissez rien! Nous sommes des privilégiées d'avoir reçu ces places. Rappelez-vous de ce que le directeur de l'hôtel nous a dit. Ces places sont une marque d'estime et de nombreuses personnes les rachètent des fortunes. Certains attendent une occasion de venir dans ce théâtre depuis des mois, parfois même plus d'un an! Croyez-vous que si ce théâtre avait des problèmes de qualité de ses spectacles il y aurait une telle richesse autour de nous? Ces rideaux de velours, ces lustres en cristal, ces ouvreuses?

Mais Miss Lansbury n'avait retenu que l'information sur la revente des places.

- Et bien si vous voulez mon avis, il est encore temps de sortir d'ici, de revendre nos places et d'aller plutôt à l'opéra. Ils jouent la Calysto! Ou mieux, retournons à l'hôtel. Cette soirée ne me dit rien qui vaille.

Alice darda sur la grosse bonbonnière un regard discret mais que Miss Lansbury ne connaissait que trop que pour ne pas savoir qu'une sourde colère couvait sous ce regard. Elle se tassa quelque peu sur son siège.

- Ca suffit Margaret! Cette invitation est notre chance de nous faire connaître du beau monde parisien alors nous resterons jusqu'à la fin du spectacle même si des boiteux égorgent des chevaux sur cette scène compris?!

Miss Lansbury baissa la tête mi épouvantée par la perspective de voir un spectacle proche de la description fabulatrice d'Alice mi résignée par la menace de la colère de la jeune anglaise. Alice de son côté, reporta son attention sur la salle qu'elle détailla discrètement du regard pour en étudier la composition sociale. Oh oui, il y avait du beau linge dans ces balcons...
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Armand
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Sam 14 Juil - 15:38

Trois coups résonnèrent dans la salle remplie de monde et aussitôt les voix s’éteignirent ne laissant entendre que quelques murmures pressés du spectacle qui allait se dévoiler à eux. Tous ceux dont provenaient les murmures étaient issus d’une classe des plus aisées, c’était comme une condition pour obtenir la précieuse invitation qui les faisaient entrer dans ce lieu truffé de vampires. Les femmes étaient parées de leurs plus belles parures de perles ou de pierres et de leur plus belle robe aux coutures compliquées et au taffetas dense. Des coulisses où était Armand, il ne les voyait pas, mais il savait ; il se doutait. C’était ainsi à chaque représentation et il en serait toujours ainsi. Ces mortels s’amuseraient toujours des étrangetés qu’ils verraient durant la soirée et reviendraient, encore et toujours. C’était étrange le fait que les humains étaient autant subjugués par la mort, la mort théâtrale. Ce devait sans doute être le charme des vampires qui les hypnotisait tant…
Il y avait cinq nouveaux spectateurs ce soir, Santiago avait pris soin de les repérer dans le Paris : une veuve plutôt jeune qui courait toutes les fêtes et réceptions mondaines qu’elle pouvait, une anglaise ayant rencontré une vampire Transylvaine et sa gouvernante, et un couple endeuillé de leur fils unique. Ils avaient dû être surpris, ou heureux d’avoir reçu cette invitation très prisée de la part de personne, seulement du Théâtre. Comme s’y était attendu Armand, ils étaient tous venus.

Les rideaux rouges se levèrent dévoilant le dallage de la scène –qui pouvait rappeler celui des églises- et le personnage qui s’y avançait. Estelle, vampire du Théâtre tournoyait sur elle-même vêtue d’une robe rouge brodée qui se levait et s’abaissait au fil de ses ondulations. Ses longs cheveux bruns légèrement bouclés volaient aussi à côté de son visage. Elle ressemblait à une bohémienne, surtout avec son foulard tenu à bout de bras qu’elle faisait se mouvoir en même temps que les mouvements de son propre corps. Elle tournait longtemps, Estelle, beaucoup plus longtemps que les mortels mais à la même vitesse. Certains des spectateurs semblaient déjà choqués de voir ses chevilles aussi nus que ses pieds, insensibles à la froideur du carrelage.
Enfin elle s’arrêta de tourner, face au public, les yeux levés au ciel, les bras levés joints derrière sa tête. Elle resta immobile, laissant le publique admirer sa beauté française. Mais, alors qu’une légère musique d’inspiration russe commençait à raisonner dans la salle, un personnage fit son apparition au fond de la salle, terrible et majestueux dans une cape d’un grenat si sombre qu’il en était presque noir. Santiago, un autre vampire, lui, beaucoup plus habitué de la scène, il l’aimait et ça, personne n’en doutait. Il était loin d’Estelle qui elle, était presque au bord de la scène mais néanmoins, lorsqu’il sortit son bras droit de sa cape, la vampire entra en mouvement, elle se déplaça par de gracieuses arabesques vers le milieu de la scène pour s’arrêter dans une autre position tout aussi relative à sa tenue. Santiago s’en approcha magistralement, sa main droite gantée sortie ; il saisit celle d’Estelle et la fit tourner sur elle-même telle une ballerine immobile dans une boîte à musique. La musique d’ailleurs eut un mouvement brutal qui fit sursauter la moitié de la salle telle Surprise d’ Haydn et Estelle sembla se réveiller et se jeter dans les bras de Santiago. Celui-ci saisit ses cuisses et elle fit des mouvements aériens avec ses bras, jusqu’à se courber complément pour regarder les spectateurs.
Santiago dit alors, sa voix étonnamment forte :


« Fille du temps, danse pour celle qui t’emportera. »

Estelle eut alors un mouvement rapidement, s’échappant de Santiago en une roue inappropriée révélant les motifs intérieurs de sa robe eux aussi brodés. Elle tournoya autour de Santiago qui la suivait du regard, sautant, s’arrêtant, jetant des regards vides au public comme si elle était sans âme, hypnotisée par une quelconque force qui l’invitait à danser. Pendant que le public suivait des yeux la belle Estelle et sa danse gitane, une rangée de personnages masqués étaient apparue derrière elle et Santiago. Ils murmuraient une sorte de cantique qui devenait de plus en plus forte jusqu’à devenir parfaitement audible pour les spectateurs –il semblait que c’était du latin.
Le spectacle était étrange mais subjuguant de par la finesse de la danse d’Estelle ou du chant qui s’élevait au derrière. Plus il diminuait, se finissant, plus la vampire ralentissait, se rapprochant de plus en plus de Santiago, blanc, qui l’accueillit dans ses bras, alors qu’elle se cabrait, simulant une mort tragique.
Armand entra enfin en scène, perçant la rangée de chanteurs à présent muet. Il était jeune et beau, être angélique qui charma instantanément le public. D’un pas aérien, lui aussi tourna autour de Santiago, ne faisant de geste qu’avec ses mains, telle une danse baroque. Il se rapprocha de plus en plus des deux personnages immobiles, Estelle feignant la mort et Santiago regardant au ciel, ignorant la présence d’Armand. Lorsqu’il arriva il se mit derrière Estelle et baisa son front :

« Ô ma fille pécheresse, aucun père ne t’attend là-haut, aucun amant, seulement la solitude froide de la lumière.
Pourquoi t’acharnes-tu à vouloir rejoindre ces cieux inhospitaliers ? »


Comme reprise de vie, Estelle tourna pour se retrouva face à Armand, dans ses bras, puis se cabra à nouveau dans un geste mourant. Il allait reprendre sa tirade quand il sentit tout à coup une présence dangereuse dans la salle. Ce n’était pas un vampire du Théâtre, ni même Pénélope, non…Azraëlle. Ô terrible immortelle. Que venait-elle faire au Théâtre ? Armand n’avait pas peur d’elle mais se méfiait tout de même, imprévisible était-elle. Il songea alors à la faire venir, pour ne pas qu’elle disparaisse juste après la représentation, sans qu’il ait su ce qu’elle était venue faire à Paris.
Cependant, il continua sa tirade, sans rien laisser paraître :


« Oui bel enfant, rejoins-moi. Tu es belle, tu dois le rester.
Je n’ai pas proposé à d’autres de le rester, elles ne l’étaient pas.
Rejoins-moi bel enfant, ou plutôt rejoins-nous… »
, à la fin de ces mots, Estelle s’éloigna en des mouvements lents, feignant d’être tourmentée. Armand ouvrit alors les bras aux spectateurs et continua :
« Rejoins-nous, oui.
Ou rejoins elle ! La mère mortelle qui se cache là où on nous admire…Va ma belle, va la chercher et reviens nous avec elle. »


Estelle avait aussi capté la présence d’une immortelle trop puissante pour être du théâtre et comprit donc le sens des paroles d’Armand. Elle sauta de la scène en un saut mais néanmoins gracieux, ce qui affola certains spectateurs non avertis et chercha tout en dansant, Azraëlle dans le publique. Le public amusé croyait qu’elle choisirait n’importe qui, mais non. Telle un pisteuse, Estelle la trouva. Armand les regarda, ces deux immortelles si différentes, Azraëlle si froide par les siècles…

« Mère mortelle, rejoins tes cadets, ce soir ils t’offriront le ciel ! »
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Dim 15 Juil - 19:24

Elle était assise dans un fauteuil de velours rouge. Droite et altière parmi les pauvres humains de la haute société. Parfaits de rubans, de pierres, de soieries en tout genre. Ridicule de vanité. Cela la faisait bien sourire de toute manière, toutes ces singeries pour faire croire aux autres qu'ils étaient puissants et reconnus, qu'ils étaient riches et bien vus. Ils croyaient dominer le monde ces pauvres hères. Alors qu'ils contemplaient en fait le spectacle de la mort. Oui, elle souriait, d'un sourire fier et narquois devant ces stupides nobles. Elle n'avait pas eu besoin d'être invité pour rentrer en ce sanctuaire immortel, oh non, elle n'en avait pas besoin. Le seul fait qu'elle soit lui ouvrait les portes de ce théâtre. Oui, elle n'avait nul besoin d'un nom, nul besoin d'argent pour se faire respecter, elle avait cela dans le sang. Et elle le savait. Ses yeux, son visage, sa perfection chantait à eux seuls les merveilles de l'être qui les portaient si bien. Elle n'avait besoin de nul apparat pour en imposer.

Mais il fallait accorder aux humains qu'ils la distrayaient bien. Leurs mascarades, leurs sourires crétins devant quelqu'un de de plus Grand qu'eux. Ils dégoulinaient de l'hypocrisie qui les caractérisait. Un duc pouvait se faire trainer dans la boue par un roi sans qu'il ne pipe mot. C'était dans l'ordre des choses, la dure loi de la jungle. Lorsqu'elle s'était assise, à côté d'un homme poudré et parfumé comme un femme, vêtu de velours et tenant entre ses doigts gantés une paire de jumelle en or, gravé à ses armoiries, il l'avait fixé avec un dédain profond. Il ne la connaissait pas, elle était seule, elle n'avait pas d'armoiries cousues au fil d'argent sur son éventail, elle n'était rien. Elle en avait souri. Et dire qu'elle vivait au XIXeme siècle et que les hommes se comportaient encore comme 3 ou 4 siècles auparavant...

Azraëlle avait pu l'observer, il existait une véritable stagnation des attitudes, des manières. L'existence de classes ruinait tout les effort que le monde pouvait faire pour devenir plus sage. On pouvait bien inventer la vapeur et l'encyclopédie, les hommes étaient sots. Et ne changeaient guère.

Elle même différaient d'eux par la majesté naturelle qui émanait de son visage, par la force de son regard, la profondeur de son âme. Elle possédait quelque chose qui faisait d'elle quelqu'un de Grand. On n'aurait su dire quoi, mais elle était différente, parfaite. Elle avait passé en prévision de sa sortie du soir une robe de soie couleur perle, ceinte d'une taille empire qui faisait, une fois n'est pas coutume, paraître plus forte sa maigre poitrine. Un drapé parfait tombait sur ses jambes fines et ondulait chaque fois qu'elle esquissait un mouvement. De délicates pierres étaient brodées sur tout un pan de la robe, qui passait par dessus son épaule et glissait jusqu'à ses pieds. Les manches rôti étaient de vaporeuse soie blanche, qui laissait, à la lumière, transparaître le galbe d'albâtre de ses épaules. La ceinture était de la même matière, et cousue d'arabesque filiformes de fil d'argent. Le décolleté en coeur qu'elle abordait lui seyait à merveille. Son contour était orné de perles grises, à l'image de la robe. Ses pieds fins étaient glissé dans des souliers recouvert d'une fine étoffe blanche. Sur ses épaules, une fibule d'argent, en forme de croissant de lune retenait une cape de velours fin, doublée d'hermine. Ses cheveux étaient relevés en un chignon à la mode, agrémenté en tout et pour tout d'une broche discrète. Elle en imposait.

Mais qu'importait, sa mise n'était qu'un détail, et de toute manière les trois coups venaient de retentir. Son regard se figea sur la scène.

Elle aurait pu sentir les tressaillements de son voisin à chaque pas de l'immortelle sur la scène si elle y avait pris attention. Pourtant elle ne retira pas la grâce de son regard au spectacle. Elle suivait comme tout les autres spectateurs l'avancée d'un jeune et charismatique immortel sur la scène. ses pas félins avaient à eux seuls de quoi figer une assemblée par leur délicatesse et leur discrétion. Ses yeux aurait pu soulever une foule rien que par la détermination et la volonté qu'ils dégageaient. Mais ce n'était certes pas cela qui retenait Azraëlle. Elle avait juste vu l'entrée sur scène d'un chef. Elle l'avait deviné au premier de ses pas. Il y avait comme un gong, à chaque fois qu'il touchait le sol qui sonnait et répétait invariablement: "Je suis chez moi. C'est à moi."

Elle le trouva fort prétentieux et son attention se décrocha. Elle écouta les soupirs de ses voisins devant la perfection des êtres qui s'ébattaient sur scène. Les humains trouvaient cela beau. Elle trouva cela long et fastidieux. Son regard ne revint à la scène que lorsqu'un murmure de surprise résonna dans la salle. La jeune immortelle venait de sauter hors de scène. Vers le public. Ce ne fût qu'à cet instant qu'Azraëlle reprit conscience de ce qui se disait.

« Rejoins-nous, oui.
Ou rejoins elle ! La mère mortelle qui se cache là où on nous admire…Va ma belle, va la chercher et reviens nous avec elle. »


Elle vit la danseuse, comme pister celle qui serait la "mère mortelle". Et puis avant même que le regard de la jeune Estelle -elle l'avait lu dans les pensées qui s'évaporaient dans les airs- ne la trouve, elle comprit. Ses yeux cherchèrent ceux du chef des vampires, qui la fixait.
Elle ne cilla pas. Mieux, elle éventa les pensées qu'elle souhaitait leur faire partager, à eux, ici, immortels. Ceux qui avaient pu la percevoir.

*Vous prenez bien des risques Ô Immortels. Vous le regretteriez au centuple, amis immortels. Moi aussi, je suis un peu une comédienne.*


C'est à cet instant qu'Estelle l'atteignit, lui signifia d'un sourire qu'elle devait la suivre. Un sourire? Une comédie. N'étaient-ils pas au théâtre? Azraëlle se leva et suivit, un sourire léger sur les lèvres, la danseuse.

Il fallait prendre la mesure de ce qui était en train d'arriver. Une immortelle, qui plus est appartenant à un clan venait d'enjoindre une immortelle bien plus vieille que n'importe lequel de ceux qui pouvaient se trouver dans la salle, et l'emmenait à présent sur une scène, rejoindre le chef du clan auquel elle appartenait.

Résolue, Azraëlle monta sur scène avec élégance et finesse sous les applaudissement du public. Elle pensa que les vampires de Paris n'avaient décidément pas peur de la Tragédie.








Je te tuerai Invité.

Merci.
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Alice Lawford
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Lun 16 Juil - 9:35

Les trois coups traditionnels retentirent, Alice reporta son attention sur la scène où déjà le lourd rideau de velours carmin se levait, laissant apparaître un vaste décor rappelant vaguement l'intérieur d'une église. Au milieu, une danseuse habillée un peu comme une bohémienne tournoyait sur elle-même, sa large robe voletant autour d'elle au gré de ses mouvements. Pieds nus, elle tournoyait sans autre but que celui de tourner, au son d'une musique étrange.

Alice cherchait à comprendre mais n'y arrivait pas. C'était d'autant plus difficile que personne à l'entrée de leur avait distribué de programme. Elle ne connaissait même pas le nom de la pièce qu'elle venait voir. Margaret, assise à côté d'elle semblait tout aussi perplexe mais contrairement à Alice qui gardait un visage fermé, l'incompréhension de la vieille fille se lisait sur son visage lui donnant un air stupide.

Sur la scène, la danseuse venait de s'arrêter, tout au bord, presque à en tomber dans le parterre. Elle regardait le ciel, les mains jointes au dessus de sa tête comme le font ces femmes des pays lointains qui vénèrent des dieux païens. Soudain, au fond de la scène, un autre personnage fit son apparition. Sur un changement de musique, l'attention de la salle se cristallisa sur le nouveau venu, un étrange homme au regard à la fois brulant et glacé, majestueux comme un monarque du XVIIe siècle, drapé dans sa fierté et dans un grand manteau de velours incarnat. Il tendit un long bras torse hors de sa cape. Sans avoir pu voir ou deviner le mouvement, la danseuse se remit à onduler, comme si un magnétisme l'attirait vers ce personnage. Elle s'arrêta dans une nouvelle position curieuse au beau milieu de la scène. L'acteur s'approcha d'elle et la fit danser un instant. Pour le coup, le spectacle ressemblait plus à un étrange ballet qu'à une pièce de théâtre. Sur la scène, la danse tournait presque à de l'acrobatie, passant par des positions qui étaient presque obscènes parfois. Sur le siège d'à côté, Miss Lansbury faisait des petits "rooh" indignée chaque fois qu'elle voyait une position trop équivoque. Elle s'estimait garante de l'innocence et de la pureté de sa pupille et elle croyait son devoir de la soustraire à ce genre de spectacle. Mais sa couardise naturelle l'empêchait de faire un esclandre car elle savait que si elle se levait au beau milieu de cette représentation, non seulement tous les regards se fixeraient sur elle mais en plus Alice ne raterait pas l'occasion de lui ordonner de se rasseoir. Aussi Margaret Lansbury se tut-elle.

Alice de son côté observait avec attention la scène. Un mélange d'intérêt et de répulsion l'animait. L'intérêt, c'était celui qu'elle éprouvait à s'instruire car oui, ce spectacle avait quelque chose d'instructif pour elle. Elle ne connaissait de l'acte d'amour que ce que sa mère lui avait froidement expliqué, elle connaissait le mécanisme, la biologie a l'état brute. Mais de cette étrange alchimie née des sentiments et du désir, elle ne connaissait absolument rien que ce qu'elle avait pu lire furtivement dans certains romans un peu plus à l'eau-de-rose que ses lectures habituelles. Elle se rendait bien compte que sur cette scène, il n'y avait pas d'amour entre ces deux étranges personnages. Mais quelque chose passait dans ces caresses, une sorte de soif avide, de besoin de reconnaissance, de soumission. L'homme s'assurait que la jeune femme lui serait obéissante. La répulsion venait de ce spectacle étrange et incompréhensible. Alice détestait ce style de pièce moderne qui n'ont ni queue ni tête et ce selon l'unique fantaisie d'un auteur un peu fêlé sur les bords. Elle ne comprenait pas ce qu'était l'endroit de la scène, ni qui ou à quoi servaient exactement les personnages. Et puis cette pièce avait quelque chose qui mettait mal à l'aise. Cet air de domination de l'homme sur la femme, cette danse qui ne ressemblait à aucune autre, ces gestes à la limite de l'obscène et de l'indécence... Et pourtant celà semblait plaire. Des dizaines de gens autour d'elle regardaient la scène d'un air avide, les yeux grands ouverts et le cou tendu pour mieux en profiter. Décidément elle ne comprendrait jamais les français...

Sur la scène, la musique parti dans un sursaut aigu et brutal pour ensuite se mettre en sourdine. L'acteur au manteau rouge s'exprima enfin d'une voix forte :


- Fille du temps, danse pour celle qui t’emportera.

Alice haussa un sourcil. Les dialogues étaient à l'aulne du spectacle : totalement incompréhensibles. Elle accorda une attention feinte à la danseuse qui repartait dans quelques cabrioles tandis qu'au fond de la scène, une chorale faisait son apparition, masquée et vêtue de noir. Le chant était étrange, une mélopée qu'Alice ne pouvait associer à aucun style musical qu'elle connaissait à part un vague cantique religieux. Mais peut-être était-ce le fait qu'il était chanté en latin? Au milieu de la scène, la danseuse frénétique se convulsait comme si elle faisait une crise d'épilepsie. Alors la chorale s'écarta pour laisser passer un troisième acteur.

Il était beau, indubitablement. Et bon danseur avec ça. Il avançait dans de gracieux pas chassés avec des ports de bras vers le couple étrange au milieu de la scène. Il semblait venir au secours de la danseuse épileptique. Avec des paroles obscures, il l'embrassa sur le front, ce qui sembla ranimer cette dernière. Carressant, lancinant, toujours incompréhensible, le bel acteur lança une tirade à la jeune femme avant de se tourner vers le publique :


- Rejoins-nous, oui. Ou rejoinsla elle ! La mère mortelle qui se cache là où on nous admire…Va ma belle, va la chercher et reviens nous avec elle.

Et d'un pas alerte, la danseuse sauta en bas de la scène et s'enfonça dans les rangs du public. Voila bien une chose qu'Alice détestait. Elle adorait le théâtre mais quand il respectait certaines règles de bienséance et un certain classicisme. Ainsi, la scène était pour elle un autre monde. Elle se sentait comme les dieux qui regardent le monde du haut de leur nuage. Inaccessible, invisible pour les mortels. Qu'un acteur sorte de scène était pour elle une impudence, une violation de l'espace vital de chacun, comme si un gueux entrait au palais royal ou qu'un mortel grimpait sur l'olympe.

- Mère mortelle, rejoins tes cadets, ce soir ils t’offriront le ciel !

La danseuse semblait chercher quelqu'un furtivement. Alice se promit de refuser de monter sur la scène si jamais il lui prenait la fantaisie de la choisir. Mais la danseuse s'était éloignée vers les rangs du fond de la salle. Soudain, son choix sembla s'arrêter sur une femme. Une très belle femme d'ailleurs, elle semblait fière, altière et très distinguée malgré une robe légèrement démodée. Il y a des gens qui ont assez de bon sens et de cran pour ne pas suivre la mode lorsqu'elles se rendent compte qu'elle ne leur va pas du tout. Cela devait peut-être être son cas. Lorsque sa robe vaporeuse couleur crème passa à sa hauteur, Alice ne put s'empêcher de ressentir un peu de sympathie pour cette femme qui était victime de l'intrusion de ces étranges acteurs et même un peu d'admiration devant son calme, son sourire tranquille et son apparente détermination. Très lentement et avec beaucoup d'aisance, elle monta sur la scène tandis qu'en guise d'encouragement et d'estime, la salle l'applaudit. Alice fit de même et cette fois, elle applaudit avec conviction. Margaret singeait à côté d'elle une décision qui lui échappait. Elle semblait vouloir être à 100 lieues d'ici et deux petites gouttes de sueur perlaient à ses tempes, signe de son malaise grandissant.
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Armand
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Lun 16 Juil - 17:49

Estelle avait accompli son devoir en trouvant l’enfant des Millénaire cachée dans le publique…Armand se demandait bien ce qu’elle faisait au théâtre, ou plus largement, à Paris. Au même titre que pour Pénélope, il avait appris à se méfier de ceux qui vivaient seuls sans même un enfant pour leur tenir compagnie. A deux, on aurait pu croire qu’ils voulaient seulement vivre tranquille, loin de l’animosité d’un clan -tel son maître et lui des années auparavant-, mais seul…La solitude d’un immortel n’était vraiment pas une bonne chose. Elle apportait dans la majeure partie des cas la folie –bien que pour les vampires de Transylvanie, ensemble ils le devenaient aussi- et diable que la folie d’un immortel était dangereuse. Surtout celle d’un être aussi puissant.

*Vous prenez bien des risques Ô Immortels. Vous le regretteriez au centuple, amis immortels. Moi aussi, je suis un peu une comédienne.*


Armand avait capté cette parole. Santiago au centre de la scène aussi peut-être, mais pas Estelle, elle qui avait enfin trouvé Azraëlle. Elle lui faisait son habituel jeu de pantin sans âme avec ses lèvres peintes de rouge et ses yeux lourdement chargés comme les gitanes. Le maître du Théâtre ne savait pas quoi penser de cette parole…Il ne regrettait pas, non, -il n’avait que très peu de regrets en lui depuis son éternité- il était presque intrigué par le sens profond de cette pensée. Oui il prenait des risques mais qu’importait ! Il se devait de savoir ce qui amenait Azraëlle, la vieille Azraëlle en ces lieux.
Elle se leva, vaporeuse et légère dans sa robe crème, froide et grande devant cette assemblée de mortels qui l’applaudissait comme si c’était l’un des leurs qui avait été choisis…Oh, qu’ils étaient pauvres d’être ignorants ! Certains mourraient sans jamais connaître d’autres forces que celle de Dieu ou encore celle du Diable…

*Je t’attends.*


Cette pensée était destinée uniquement à Azraëlle, sans aucun ondoiement signifiant une quelconque expression ou attitude. Seulement la neutralité. Pas de provocation. Rien. On aurait presque pu qualifier cela de sincérité, si celle-ci existait encore chez ses êtres blancs et menteurs qu’étaient les vampires.
Tandis qu’elle montait sur scène sous les acclamations, Estelle retourna dans les bras de Santiago dans un enchaînement de cabrioles qui se poursuivirent quand elle l’atteint, afin qu’Armand soit au centre de la scène. Maître qu’il était.
Il ouvrit sa main à Azraëlle, comme pour montrer « patte blanche », qu’il ne tenait rien même si une arme aurait été bien inutile face à cette dernière. Ce geste signifiait une sorte de non-agression théâtrale.
L’éternel adolescent se rapprocha alors de sa contemporaine et d’un geste rapide de l’index enjoignit le chœur à reprendre une nouvelle mélopée.


« Toi pareille à la mort, éternelle.
Qui pourrait t’arrêter si ce n’est la beauté.
Ne la trouves-tu pas belle, cette enfant ? »
, il indiqua Estelle, puis reprit tel un mime :
« Ne me trouves-tu pas beau ? »

Ces phrases avaient été prononcées en rythme avec la cantique moins funeste que celle auparavant, comme si tout ceci avait été travaillé des heures durant. C’était pourtant de l’improvisation. Une dangereuse improvisation. Se tromper de pas, se tromper de mot pouvait être dramatique pour les vampires du Théâtre. Mais justement, Armand maniait les mots de telle façon à ce qu’ils ne signifient rien, et surtout pas une provocation. A la stricte limite on aurait pu déceler un hommage à Azraëlle.
Il reprit toujours en rythme :


« A moins que tu ne sois de ceux gâtés par le sort,
Qui n’accepte que l’excellence,
Et devant qui, nous, passons pour des lépreux.
Mais nous t’avons promis le ciel, choisis donc un ange ! »

Une animosité allait sûrement s’élever dans le public si Azraëlle acceptait cette offre de se servir à même le publique. Ceux hypnotiser par la beauté des vampires, ceux effrayés par ce spectacle singulier, serrant déjà leur chapelet dans leurs mains.
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Ven 20 Juil - 10:15

Sur scène Azraëlle trouva immédiatement comment se placer pour ne pas tourner le dos au public et pour pouvoir garder un oeil sur Armand. Elle sourit plus largement semblant aux yeux des humains se réjouir des applaudissements qui lui était consacrés. Mais la raison était bien autre.

*Je t'attends.*


Les mots, froids et précis avaient résonné sans parti pris, sans rien qui indiqua seulement la moindre des pensées de l'immortel. Elle devina qu'il avait une certaine expérience dans le domaine Ô combien escarpé de la joute verbale: son sourire s'étira, tandis qu'Armand entamait un texte qui avait tout d'une improvisation magistrale, d'une grande parade destinée au humain, d'une parole gantée de satin blanc, pour surtout, surtout ne pas provoquer celle qui sur le dallage scénique avait le pouvoir de faire le malheur du Théâtre.

« Toi pareille à la mort, éternelle.
Qui pourrait t’arrêter si ce n’est la beauté.
Ne la trouves-tu pas belle, cette enfant ? »
« Ne me trouves-tu pas beau ? »


Lorsqu'il marqua une pause, elle prit le temps de savourer la puissance sans limite que lui offraient les mots. On la sacralisait dans un calice de paroles sans intonation, sans intention, on lui sacrifiait l'âme même de l'art Shakespearien parce que l'on se méfiait d'elle. C'était pour elle jouissif de se sentir si puissante. C'était pourtant vrai que le pouvoir lui importait peu, et qu'elle le déniait totalement. En fait elle ne s'en servait pas vraiment, là elle était sur scène parce qu'elle était puissante, qu'elle n'avait pas le choix de l'être ou non, mais elle se serait sentie incapable de faire un massacre dans cette salle à seule fin de montrer qu'elle était forte. Par contre, ç'aurait été sans remord qu'elle aurait réduit en miette le théâtre si elle en avait eu la moindre envie. Elle cédait à ses instincts mais pas à la puissance. Cette dernière ne lui apportait rien, ne la rendait pas plus libre, plus forte. Alors cela l'ennuyait. Mais là c'était sans rien faire qu'on la donnait d'office puissante, elle n'avait qu'à se laisser porter, et cela, au contraire, l'amusait plus qu'on ne l'eût cru.

Armand poursuivit:

« A moins que tu ne sois de ceux gâtés par le sort,
Qui n’accepte que l’excellence,
Et devant qui, nous, passons pour des lépreux.
Mais nous t’avons promis le ciel, choisis donc un ange ! »


Il était vrai que les mots dans sa bouche avait un goût de luxe, de savoir et de maîtrise. mais cela ne touchait guère Azraëlle, pas qu'elle y fut insensible, mais dédaigneuse serait plus juste. Elle savait le faire aussi. C'était un talent qu'elle partageait avec lui. Elle ne l'admirerait pas pour cela.

Pour l'heure tout ce qu'elle ressentait pour le maître du théâtre, c'était une sorte d'ennui curieux. Elle le fixa. Elle le lui avait dit. Elle était un peu une comédienne dans l'âme. Elle recula de quelques pas, qui furent plus souple et feutrés l'un que l'autre avant de finir face au public, cessant de surveiller Armand. Parfaite elle parla de la voix forte et grave que cultivait les acteurs, elle porta ainsi jusqu'aux moindres recoins de la salle.

"Beauté factice, beauté de passage"
"Toi qui un jour fût jeune,"
"Demain sera vieux,"
"Demain sera fané à mes yeux."
"Quelque joliesse ne peut être,"
"Que dans l'oeil qui se posera sur toi."

"Or l'excellence est une prison,"
"Dorée par ceux qui y gîtent,"
"Ne t'y laisse pas prendre,"
"Gent Homme quoique,"
"Imparfait. Lépreux, "
"Tous peuvent l'être,"
"Mais moi j'ai les yeux d'absinthe,"
"De la mort et de la beauté."

"Viens donc lépreux,"
"Pour laid que tu sois,"
"Je t'élit au rang,"
"Des Grands, flatte-toi,"
"Tu n'es que le temps d'une Tragédie."
"Puisque désormais tous,"
"Ont disparus de mes prunelles."


Azraëlle posa ses yeux sur la salle puis, assez bas pour que chacun pusse le prendre pour lui, et assez haut pour que l'on n'y croie pas elle déclama.

"Ce soir, tous sont des anges!"

Elle recula un peu et dans une cabriole légère elle se rapprocha d'Armand et saisit sa main de marbre avant d'élever l'entrelacs de chair immortelle vers le plafond du théâtre.
Elle avait réglé la question du choix dans le public de cette manière. Armand n'aurait qu'à envoyer la belle enfant chercher l'un des anges et le spectacle continuerait. Et elle laissa échapper ses pensées rien qu'à l'intention du maître du Théâtre.

*Tu as bien fait de m'attendre.*





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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Mar 31 Juil - 15:49

Azraëlle, Azraëlle…Pourquoi diable portait-elle en son nom la particule, tel un baiser au front, de Dieu ? Oh, cette question trouvait sa réponse en sa simple image ! Ses gestes qui paraissaient si lents transpiraient de grâce, le moindre mouvement de respiration semblait être d’une beauté incomparable. De l’éclat de ses cheveux bruns à celui de ses dents alignées à la perfection, tout semblait d’essence divine ! Et ça l’était, sans aucun doute possible. Surnaturel. Extraordinaire. Tout semblait si parfait. Tout l’était.
Cette enfant des Millénaires était un plaisir des yeux ; pour le public, ça n’était pas étonnant –ils se délectaient de tous les vampires- mais aussi pour Armand. Lui qui avait vu tant de visages comparables à la beauté Renaissante, tant de visages d’anges dans des toiles italiennes, au fin fond d’une ruelle sur le visage d’un jeune enfant, ou au Théâtre même. Qu’ils devaient être beaux…Qu’ils étaient beaux. La mère mortelle et l’ange. S’il avait encore été mortel, il savait qu’il en aurait pleuré d’avoir trop vu de beauté.
Il avait tout ce qu’il désirait : une intrigante à ses côtés –sous son regard-, la vue de la beauté par la même occasion, et l’assurance d’un spectacle improvisé, beau de ses mots, et de son inaccoutumé. Il se questionnait toujours quant à la présence d’Azraëlle, certes, ceci envahissait tout son esprit. Mais qu’était-ce plus normal ? Oh, oui, rien en cette situation n’était normal, mais se plaçant du point de vue d’Armand, oui, ‘’normal‘’ prenait tout son sens. Jamais d’immortels aussi puissants ne se montraient ainsi à tous, comme si Azraëlle voulait justement être vue d’Armand.


« Beauté factice, beauté de passage
Toi qui un jour fût jeune,
Demain sera vieux,
Demain sera fané à mes yeux.
Quelque joliesse ne peut être,
Que dans l'oeil qui se posera sur toi.

Or l'excellence est une prison,
Dorée par ceux qui y gîtent,
Ne t'y laisse pas prendre,
Gent Homme quoique,
Imparfait. Lépreux,
Tous peuvent l'être,
Mais moi j'ai les yeux d'absinthe,
De la mort et de la beauté.

Viens donc lépreux,
Pour laid que tu sois,
Je t’élis au rang,
Des Grands, flatte-toi,
Tu n'es que le temps d'une Tragédie.
Puisque désormais tous,
Ont disparus de mes prunelles.
Ce soir, tous sont des anges! »


Armand accorda à Azraëlle un hochement de tête respectueux lorsqu’elle marqua une pause dans sa belle tirade. Il se félicitait d’avoir trouvé une telle oratrice au sein même de son Théâtre. Il était vrai qu’il avait bénéficiait d’une grande chance en tombant sur Azraëlle et non pas sur un de ces vieux ermites à l’apparence si laide qu’elle en était laide, cachés parmi les autres et fuyant si découverts.
Revenant à lui, elle s’empara de sa main. Le contact avec sa peau si vieille le déconcerta quelques peu mais il n’en fit rien paraître. Il regarda de ses grands yeux bruns l’endroit qu’elle lui indiquait. Elle lui adressa quelques mots que seul lui pouvait entendre, et malgré sa volonté, un sourire s’envola de ses lèvres. Il se fichait bien de quelle mortelle, Azraëlle avait choisie, il indiqua d’ailleurs à Estelle d’allait la chercher, et, retirant sa main il continua :

« Ô mère…Ô toi ! », il avait insisté sur le ‘’toi‘’, regardant Azraëlle, puis suivit Estelle du regard et continua presque comme si les mots lui étaient uniquement destinés :
« Cours, cours, ma belle,
Va vite, toujours plus vite,
Plus vite que le temps, mon enfant. »

« Qui sait, peut-être qu’il t’aurais devancé !
Peut-être qu’arrivant, tu ne verras plus qu’os et poussière.
Oh comme il est vile et rapide…
Pour toi ma fille… »
Il se tourna vers le public, parlant plus fort :

« Et pour vous tous !
Oh, riez ! Oh, pleurez !
Que vos yeux n’en puissent plus !
Ouvrez les, encore, encore plus grands.
Faites en sorte que vous voyiez tout,
Je vous en prie, ouvrez-les…
Pleurez. Pleurez sinon vous êtes perdus.
Pleurez pour cette enfant.
Pleurez pour la mère.
Pleurez pour moi.
Pleurez pour vous… »

« Oh anges !
Nous nous nourrissons de vos émotions !
Donnez nous l’illusion qu’elles sont nôtres.
Pleurez, et ouvrez les yeux,
Il est si fort. »


La jeune mortelle n’avait apparemment pas résisté aux charmes surnaturels d’Estelle et avait cédé comme si on lui eût donné une quelconque potion qui réduisait ses sens et sa réflexion. Oh comme il était dur pour un mortel de résister à ces vampires muets, si intrigants… Elle arriva sur la scène tel un oiseau déboussolé par une chute, et Armand laissa échappé un ‘’Aaaaah‘’ pour le public, plus que pour lui. Il écarta les bras pour accueillir la jeune fille qui s’y blottit, inconsciente de ses gestes, comme attirée par une force surnaturelle…Non. Attirée par une force surnaturelle. Armand les referma sur elle et appuya sa joue contre son crâne, caressant ses cheveux d’une main.

« Délicieuse innocence, ma mère,
Oui, tu as déchu un bien bel ange.
Qu’avons-nous fait, nous, bassesse du Monde ?...
Si seulement nous pouvions prier…
Ou juste pleurer. »

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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Mar 31 Juil - 20:37

Azraëlle sembla éthérée une courte seconde alors qu'elle portait encore en sa main pâle celle de de son vis à vis. Un spectateur eut pu dire qu'elle se dilatait. Du moins c'était tout comme. Son être s'éparpilla comme il l'avait rarement fait. Elle perdit le temps d'une respiration cette concentration qui la faisait si redoutable. Elle se devina faillible et se reprit vite. Mais sa main s'était abandonnée dans celle du maître du théâtre. Oh, si peu, cela est vrai. Mais elle s'en voulut terriblement. Qu'il faisait beau de se vouloir parfaite oratrice, performante actrice, si l'on ne sait pas garder son masque, on doit alors se taire. Mais c'était là, la dernière qu'elle avait envie de faire. Et cela sur une durée si longue qu'on eût pu la nommer vie.
Et puis elle regarda Armand, toujours dans cette même fraction de temps, celle qui succéda à sa pensée, il lui sourit. Elle lu un sourire franc, un sourire vrai. Elle le comprit comme un « Oui. ». Elle redevint elle-même, et son esprit lui souffla qu'il était bien niais l'immortel qui se prenait à sourire main dans la main d'une de ses aînées. Bien fou aussi. Il semblait à cet instant au pauvre moucheron qui suicidaire, rirait lorsqu'il serait pris dans la toile parfaite et carnassière de la majestueuse araignée. Azraëlle le méprisa beaucoup. Si elle avait pu avoir quelque respect pour lui s'en était désormais fini.
Ah, candide aux yeux d'absinthe, si elle eut su que sans contrôle il survivait bien, elle l'aurait beaucoup aimé. J'en suis sûre. Ce mystérieux immortel, parfait de jeunesse, de paroles. Celui-là, qui à l'instar d'Eshiny la belle, lui démontrait que régner n'était pas un mal, que vivre n'était pas proscrit. Si seulement elle vous avait vus ; vous immortels, sans doute auriez-vous pu être amis. Mais quelle immortelle était en face de vous, vous la voyez calme quand elle n'est que tempête, quand son nom même la retient aux mortels.
Quand elle n'est qu'une échouée.

Il lâcha sa main, semblant désinvolte une demie-seconde. Celle où il indiqua à Estelle d'aller chercher quelqu'un. Car ce n'était réellement personne, clairement. Il s'en moquait bien que ce soit une blonde ou une brune, cela Azraëlle le devina. Car, ainsi que le lui confirma le dernier mot de la phrase qu'il lança, ses pensées s'axaient sur elle. Pour peu de temps. Elle en profita.

« Ô mère…Ô toi ! »

Savourant l'apostrophe glorieuse qui lui était destinée, elle sourit au public, comme une complice, leur disant secrètement, et à tous qu'elle savait la suite de la tirade. Que cela allait être beau. Qu'il ne devait pas, oh, surtout pas en perdre une miette. Elle leur mentit.
De concert, le regard des deux immortels se porta sur Estelle et il reprit.

« Cours, cours, ma belle,
Va vite, toujours plus vite,
Plus vite que le temps, mon enfant. »

« Qui sait, peut-être qu’il t’aurais devancé !
Peut-être qu’arrivant, tu ne verras plus qu’os et poussière.
Oh comme il est vile et rapide…
Pour toi ma fille… »


A ces mots Azraëlle vint se placer juste derrière Armand. Il ne pouvait se retourner sans altérer la qualité de son jeu. Elle savait que son souffle même battait avec douceur les cheveux fins du maître du théâtre. Elle le voyait. Et son odeur de sous-bois, elle le devinait, flottait jusqu'à ses narines. Elle n'était, en vérité, plus qu'à quelque centimètres de lui. Il continua, imperturbable.

« Et pour vous tous !
Oh, riez ! Oh, pleurez !
Que vos yeux n’en puissent plus !
Ouvrez les, encore, encore plus grands.
Faites en sorte que vous voyiez tout,
Je vous en prie, ouvrez-les…
Pleurez. Pleurez sinon vous êtes perdus.
Pleurez pour cette enfant.
Pleurez pour la mère.
Pleurez pour moi.
Pleurez pour vous… »

« Oh anges !
Nous nous nourrissons de vos émotions !
Donnez nous l’illusion qu’elles sont nôtres.
Pleurez, et ouvrez les yeux,
Il est si fort. »


Il était bien sot d'exprimer ainsi la douleur des damnés face à ceux qui ne pouvait la comprendre. Elle ne devrait qu'être murmurée à l'oreille de ceux qui savent, pour qu'ils ne l'oublient. Ici, apprise comme une nouvelles triviales, elle perdait son goût, et tous l'oublierait avant que la nuit fût passée. Elle trouva cela bien vaniteux que de s'offrir le luxe d'étaler une douleur partagée par beaucoup sur un autel, humain qui plus est,devant un peuple qui l'admirerait comme le linceul brodé d'or d'un roi, en oubliant qu'il drape un mort. Peu lui importait d'ailleurs qu'il l'aie fait, car elle n'avait pas d'empathie pour aucun de sa race et surtout pas pour ceux qui ne se contentait pas de leur vie, mais elle constata en silence que c'était fort présomptueux.

Puis Armand serra contre son cœur l'enfant des anges ainsi qu'un père l'eut fait. Mais pas par amour. Non, si Azraëlle s'imaginait une scène avec de telle personnages, c'était avant un mariage forcé, de convenance, où la jeune femme pleure par peur et où son père l'étreint comme pour la féliciter de sacrifier sa vie à un hymen noble et parfait pour une demoiselle de sa qualité. Méprisable et pitoyable songea-t-elle. Elle aurait trouvé ce spectacle de fort mauvais goût si elle avait été parmi le public. Et tué Armand s'il s'était avisé de la prendre ainsi dans ses bras, comme un père manipulateur. Elle en aurait vomi.

« Délicieuse innocence, ma mère,
Oui, tu as déchu un bien bel ange.
Qu’avons-nous fait, nous, bassesse du Monde ?...
Si seulement nous pouvions prier…
Ou juste pleurer. »


Azraëlle soupira et ne laissa pas à Armand le temps de reprendre son souffle. Glissé dans son dos elle murmura à voix haute, mais comme à son oreille.

« Mais, oui, toi seul le sais,
Ô combien dures sont les nuits,
Où tu pleures regrettant tes prières.
Et d'une immortelle sagesse,
Te vante comme un sot.

Eh toi, es-tu celui qui là-haut,
Tires leurs ficelles, du bout des doigts ?
Mais ils sont si pâles, et ta vie si longue,
Leurs mots sont vains,
Et l'absence de ta bénédiction les tue !

Ô père,
Tes nuit sont brèves pour être éternelles,
Tandis que leurs jours sont longs.
Chérit tes anges à mourir,
Ils règnent, de là où ils sont.»


Elle se mit, à genoux devant le maître des vampires de Paris, dos au public, qui la vit se saisir de la main d'Armand, qu'elle arracha de de cette façon au corps de l'enfant qu'il serrait contre son sein. Elle effleura cette main pâle d'un baiser, il fût très court. Durant juste assez pour enivrer le peuple de la douceur qui se dégagea de cet acte.
Mais comme tout au Théâtre n'était qu'illusion, il cessa soudain et avec grâce, Azraëlle enleva la jeune fille, l'attirant vers elle. Elle se retrouva alors juste dans son dos, ainsi qu'avec Armand quelques minutes plus tôt. Et, comme une conscience soufflant à un être ses actes, la tête posée sur l'épaule délicate de l'humaine elle s'écria dans un rire :

« Ô jaloux,
Ne préfères-tu jamais être poussière ? »


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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Ven 3 Aoû - 10:24

Comme ils étaient fascinés…Comme ils ne comprenaient rien. Ils ne comprenaient rien de ce qu’il se passait, avaient à peine le temps de comprendre le sens des paroles des deux immortels ; lorsqu’ils y arrivaient, ça n’était que pour comprendre la triste surface au dessus de ces mots, cette couche de brume qui empêchait leurs esprits stériles d’entrer dans la vérité. Trop étroits. Oh, pauvre d’eux ! Ils mourraient sans jamais avoir su la vérité de ce Monde ; ils mourraient dans l’illusion de Dieu, l’appelant encore de toutes les forces qui leur resteraient sur le lit de leur mort.
Et ils étaient fascinés. Par les voix merveilleuses des immortels dont ils ne comprenaient pas les mots, entendant mais n’écoutant pas, et par leur visages parfaits. Malheureusement, ils voyaient sans regarder, croyant avoir trouver la beauté des anges dans ces visages d’acteurs, mais ne cherchant pas à savoir si ceux-ci étaient vraiment des enfants du Diable. Ce soir, ils s’endormiraient rêvant à ces visages blancs qu’ils croyaient fait de maquillage en les enviant.
Pauvre d’eux. Voilà bien longtemps que le Théâtre les trompait, et ils en demandaient encore, et encore. Toujours plus, toujours plus. Tels des Seigneurs ayant goûté à leur première maîtresse, en veulent d’autres et encore d’autres. Le Théâtre était ces maîtresses, cette luxure et cette perfection, mais ces mortels n’étaient pas les Seigneurs. Seulement des esclaves de leur propre quête de Dieu, croyant avoir trouvé les enfants du Tout-Puissant sur cette scène de dallage, cachés derrière les rideaux grenat.
Ah ! comme ils enviaient cette enfant dans les bras d’Armand, cette enfant qui ce blottissait contre le torse de l’être parfait, à leurs yeux aveugles. Armand le savait –et le savait à chaque fois-, aussi jolie était cette jeune fille aux longs cheveux et à la robe riche, elle n’était plus que beauté terne à côté de cet adolescent aux grands yeux bruns. C’était comme s’il aspirait sa beauté pour s’élever encore plus haut, au dessus de la banalité des hommes.
Ainsi serrés l’un contre l’autre, la protégée et le protecteur, ils ressemblaient à un jeune couple d’un mariage arrangé, à l’instant où ils se rendaient compte que leur époux qu’ils n’avaient jamais vu, comblait leur espérance de beauté. Et à l’instant où ils pouvaient ce dire « Ciel, qu’ai-je eu de la chance de tomber sur une telle beauté, je peux l’aimer puisqu’on me dit de le faire ! ».
Ah ! comme ils enviaient cette enfant…
Armand ne prêtait pas attention à ce petit cœur excitée qui battait contre lui ; il s’occupait de ce cœur lent et dur qui battait non loin de lui. Si fort, il était si facile à trouver. C’était peut-être ça le fardeau des vampires : leur vulnérabilité par rapport à leur semblable. Azraëlle s’était déplacée pour se rapproche –elle ne semblait plus vouloir quitter cette scène à présent, préservant le culte qui lui vouaient déjà les spectateurs, telle une cantatrice de talent. Elle lui souffla quelques mots destinés à être entendus de tous, son rapprochement n’étant alors que théâtral :

« Mais, oui, toi seul le sais,
Ô combien dures sont les nuits,
Où tu pleures regrettant tes prières.
Et d'une immortelle sagesse,
Te vante comme un sot.

Eh toi, es-tu celui qui là-haut,
Tires leurs ficelles, du bout des doigts ?
Mais ils sont si pâles, et ta vie si longue,
Leurs mots sont vains,
Et l'absence de ta bénédiction les tue !

Ô père,
Tes nuit sont brèves pour être éternelles,
Tandis que leurs jours sont longs.
Chérit tes anges à mourir,
Ils règnent, de là où ils sont.»

Armand la regarda, tenant toujours d’une main le crâne de la jeune fille contre lui, impassible comme si ces mots n’avaient rien voulu dire, comme si ces mots n’exprimaient rien. Néanmoins, c’était bien le contraire. Le terrible contraire. Il retint une expiration comme pour ne pas troubler la tirade d’Azraëlle. Terrible tirade. Ciel, comme elle était belle de ses longs cheveux sombres : belle par ses mots et par son être. Elle ne ressemblait pas à une immortelle. Elle était plutôt une sorte de songe de la raison ; fantôme revenant hanter les hommes lorsqu’ils s’éloignaient du droit chemin.
Elle s’empara de la main d’Armand, la baisant comme jadis on lui fit. Il sentit un soupir ravi d’un tel geste, parmi le public avide. Les yeux des immortels en face l’un et l’autre, ne se quittaient plus, comme par peur de perdre une lueur, une oscillation de ce regard si grand et si peu naturel.
Elle se releva d’un mouvement si beau qu’il ne pouvait être que diabolique –non pas angélique, la nuance dans laquelle tombaient tous les mortels- et prit place derrière la mortelle. Elle frémit de ce contact et se blottit encore un peu contre Armand qui la rassurait par une aura positive qu’il lui envoyait, telle l’aura protectrice d’un parent.


« Ô jaloux,
Ne préfères-tu jamais être poussière ? »


Azraëlle riait. Mais ce rire n’était pas drôle et n’avait pas pour but de l’être. Le publique le comprit et ouvrit seulement ses yeux plus grands, fixant cette scène dont il croyait que tout était préparé. Il en parlerait ce soir, il en parlerait demain, il en parlerait jusqu’à la prochaine représentation, s’extasiant dans des soupirs las de la beauté des acteurs et se promettant à lui-même que, la semaine qui suivrait, ce serait lui sur la scène, tenant le rôle de cette proie dans les bras de la belle mort.
Armand regardait toujours Azraëlle, il ne l’avait pas quittée des yeux. Ses yeux candides n’exprimaient rien, ils savaient si bien le dire ! Alors il se détacha de cette enfant, la repoussant d’un geste doux et tenant son menton de sa main, sans la regarder :

« Serais-tu par jalousie,
Assez cruelle pour lui ôter ses ailes ?
Oh comme il serait bon de lui en priver !
Qu’elle comprenne ce qu’est de marcher.

Lui couper les cheveux,
Les teindre en noir.
Lui crever les yeux,
Les teindre de sang.

Tu peux lui couper les ailes
Et la faire se faner.
Mais pourquoi ne pas la faire marcher ? »


Ce fut à son tour de mettre un genou à terre, sa tête arrivant alors à la hauteur du ventre de la jeune fille. Celle-ci baissait la tête comme elle l’avait fait depuis son arrivée, par une peur mêlée à ce sentiment d’incroyance à ce qui lui arrivait. Elle ne s’était jamais sentie aussi importante que dans les bras d’Armand, il le savait, et ne voulait pas que ceci cesse. Alors elle fermait les yeux, pour rester dans son rêve, n’osant pas regarder une fois de plus le beau visage d’Armand.
A l’instar d’Azraëlle, mais plus lentement, il saisit délicatement sa main et la baisa. Tel un courtisan faisant sa demande et la fit, de manière différente :

« Que la Mère m’en soit témoin,
Mon ange, acceptes-tu de perdre tes ailes avec moi ? »
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Ven 3 Aoû - 15:11

Il avait l'air si naïf. Il la regardait, ne la quittait pas des yeux. Ce maître du Théâtre, encore adolescent avait gardé pour lui la candeur de cet âge auquel il était désormais forcé d'appartenir. La caste des cadets, des candide. Celle des adolescents, doux rêveurs. Oui, pensa Azraëlle, c'était bien là le défaut de ces transformations immortelles, elles figeaient l'âge. Et c'était bien l'âge qu'ils affichaient qui conditionnait les mortels comme les immortels à un comportement typique de ce nombre d'année. Or les vampires ne vieillissaient pas. Seul l'esprit subissait les foudres du temps. Mais ces foudres s'adaptaient comme une seconde peau, aux rides sur les visages. Armand n'en avait pas. Et son esprit en était également dénué. Alors il grandissait s'assagissant, bien sur, mais gardant en son sein les traits de caractère qui sont légion chez les jeunes adolescent.Qu'il était laid. L'immortelle se demandait toujours comment ils pouvaient réussir à avoir tant d’innocence face au monde de sang dans lequel ils étaient forcé de baigner. C'était vrai qu'elle méprisait Armand pour cela. Pour n'être que ça, quand il était pour les autres tant de chose. Car oui, après tout, pourquoi se rallier au joug d'un vampire quoique sage, ayant la futile apparence d'un adolescent. Dont il avait conservé les stigmates après des siècle. Elle savait pourtant que pour long qu'ils fussent à s'estomper, ils n'en finirait pas moins par disparaître. Ainsi était les choses. Seule la matière brute était éternelle, même leur esprit changeait. Elle avait connu un vampire plus vieux qu'elle qui conservait une apparence d'enfant de sept ans. Sa vieillesse avait détruit son âme. Il était devenu un autre. Mais elle ne pouvait s'empêcher de s'attarder sur les prunelles du maître des vampires de Paris, ainsi étaient les faits, elle ne décrochait pas de son regard éclairé par... Rien. Nulle lueur n'indiquait ses pensées. Elle restait figée et immobile, sans le quitter des yeux pourtant, comme mystérieusement amarrée à un port duquel elle voudrait sortir mais dont elle ne saurait retirer l'ancre.
Et il y avait dans ce regard réciproque un lien muet. Elle le fixait avec de la curiosité. Certes dédaigneuse, mais curieuse tout de même d'ouïr les prochains mots qui s’échapperaient de la bouche de l'immortel. Lui, avec une sorte de fascination et d'admiration. Elle ignorait absolument ce à quoi il pensait mais... Oui. C'était cette admiration qui retenait, au piège, la vieille immortelle. Elle s'était faite crainte, redoutée, aimée mais depuis quand ne l'avait-on admirée ? Depuis quand n'avait-elle brillé ne serait-ce qu'une infime particule de seconde pour la rassurer ? Même du temps de sa vie on ne l'admirait guère. Après tout, on ne le lui avait que trop souvent répété : une grande femme, fine, pâle, plate et brune de surcroît, ça ne faisait pas bon ménage avec le canon de beauté. Alors elle avait traversé les siècles, devenant plus belle qu'aucune lorsque la mode s'y prêtait, et juste majestueuse lorsque se tarissaient les éloges. Mais de cette admiration elle ne se confortait que sur l'apparence. Ce qu'elle était réellement, ce qui faisait son âme même n'avait jamais été ouvert à l’opprobre publique. Mais ses mots, voilà qui était d'elle, proprement d'elle. Et ce regard que l'on posait sur sa parole lui plaisait. Elle adorait cela, elle le ressentait au plus profond de sa chair pourtant si insensible. Voilà qui suffit, encore un instant à la rendre puissante. Vrai, elle n'avait jamais été depuis qu'elle était montée sur cette scène aussi grandiose et majestueuse qu'en gardant fixement son regard plongé dans celui d'Armand. Et la salle elle-même était fascinée par ce regard si matériel dont on aurait pu tracer la courbe allant des yeux de l'un à ceux de l'autre.
Cela, c'était du théâtre pour le public. Voilà, c'était cette force qui, même sans mots, aurait pu arracher des pleurs à toute âme aimant cet art subtil. Cette force magnifique qui reliait les acteurs. Et que les acteurs eux-mêmes eussent pu oublier qu'il se trouvait en train de servir cet art, par quelconque distraction qu'elle soit, peu importait. Tant qu'ils jouaient, qu'ils arrivaient à maintenir en vie cet élément matériel dans lequel ils évolaient, pas la salle, pas la scène, non ! Mais cette chose innomable qui sortait d'eux comme une source vive et qui leur créait un espace fort. Un espace où jouer n'était plus le mensonge décrié par les partisans de Dieu, mais où cet acte relèvait de l'amour et de la haine, de ces sentiments vrais, qui, quels qu'ils soient ne pouvaient s'inventer puisque eux, même pour des personnages dont on a revêtit le masque, existaient. Alors le théâtre était. Et si puissamment encore ce soir là, à Paris.

« Serais-tu par jalousie,
Assez cruelle pour lui ôter ses ailes ?
Oh comme il serait bon de lui en priver !
Qu’elle comprenne ce qu’est de marcher.

Lui couper les cheveux,
Les teindre en noir.
Lui crever les yeux,
Les teindre de sang.

Tu peux lui couper les ailes
Et la faire se faner.
Mais pourquoi ne pas la faire marcher ? »


L'humaine restait blottie comme une cruche sans une once de cervelle dans les bras d'Armand. Et ce dernier semblant compatir à sa timidité s'agenouilla avec grâce et saisit sa main fine sur laquelle il déposa un baisemain. Puis d'un ton que le public jugea doux et attentionné, mais qui ne fût que mielleux aux yeux d'Azraëlle, il reprit solennel :

« Que la Mère m’en soit témoin,
Mon ange, acceptes-tu de perdre tes ailes avec moi ? »


C'était d'un convenu de mauvais goût et de mauvaise qualité. Qu'il eût été plus beau de la renvoyer de la d'où elle venait, peut être même de la chasser d'ici, la faire courir, courir, tel une princesse pâle tentant d'échapper à son chasseur. Bien sur, que le conte aurait été meilleur. Mais non, ici servi par la candeur de son oie blanche, il allait la plumer. Dieu, quelle est le nom de la bêtise humaine ?

Mais Azraëlle ne riait plus, ce jeu avait fini de l'amuser, sèchement elle se détourna du couple dégoulinant que formait l'hypocrite et sa dulcinée. Toujours dans un jeu parfait de délicatesse, elle marcha vers le rebord de la scène et s'y assit, les pieds dans le vide.

« Ah, qu'il est laid le prétendant,
Qui suppose sacrifier à son propre bonheur,
Les ailes de son aimée,
Qu'il est vil celui qui ose accuser,
La chaste mère qui protège,
D'un odieux crime !

Et il veut couper de ses mots profanes,
La pureté de la belle, et il entend
A son niveau l'abaisser !
Mais quel est ce fou ?
Dont la fierté est telle
Qu'il veut mettre l'ange à genoux !

Eh toi ! Maudit pécheur !
Tu voudrais la voir poser,
Fouler le sol de ses pieds !
Que l'ange ne salisse la poussière,
Car il est trop tôt pour l'aimer. »


Puis dans un mouvement elle se releva et courut vers Armand, elle sembla Phèdre face à son Hypolite, car oui, il serrait dans ses bras, Ô l'haïe Aricie, et dans un geste parfait elle repoussa de sa main la jeune humaine qui tomba à terre lourdement, mais si légère encore qu'on eût dit un papillon éphémère mourant soudain, après une journée de labeur. Une journée de vie. -Elle s'était cependant assurée du confort de la demoiselle qui tomba assez lentement pour se rétablir sur les mains et sans douleur, avec un soupir de soulagement du public.- Or donc, elle courut vers Armand et de ses lèvres vermillon embrassa sa joue gauche. Puis, en continuant sa course en croissant de lune, elle arriva de l'autre côté de la scène. Et main sur le cœur elle cria.

« Ah qu'elle vous chausse de beaux souliers,
La peur de tomber ! Mais qui pense,
Aux cris du cœurs, aux amours lointains ?
Mon dieu ma peine est grande !
Et grande de même sera ma haine ! »


Elle s'agenouilla et se recroquevilla sur elle même, comme prostrée. Comme hésitant entre l'espoir et l'adandon. Comme résistant contre, et la fuite, et le pardon. Ah parfaite comédienne, un soupir las s'échappe de ton public et comme ils te comprennent. Oui, qui plaindront-ils ?


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Armand
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Dim 12 Aoû - 16:53

Jouer la comédie pour tromper ceux qui étaient si faciles à tromper. Jouer la comédie pour se faire admirer par ceux qui étaient plein d’admiration. Jouer la comédie pour se faire aimer par ceux qui étaient si aimant. Ah ! comme c’était lassant ces soirs si semblables, qu’il semblait impossible de savoir si six ou sept s’étaient déroulés ; si rapides que trois d’entre eux, semblaient en représenter un seul ; si inintéressant qu’on se demandait encore pourquoi on le vivait…Ou du moins les traversés, la vie n’ayant plus rien à voir avec les pas que l’on posait l’un après l’autre.
Jouer la comédie pour ne pas s’ennuyer, se peindre les lèvres de rouge et les joues de rose et les sourcils de noir ; créer une assemblée de garçon-filles et de fille-garçons admirables. Qu’ils étaient fascinants ces vampires androgynes, qu’ils étaient intrigants : Ô bel et unique théâtre avant-gardiste de Paris ! Ô pauvres mortels avides de ces vulgarités théâtrales. Le soir, c’était eux les vampires. C’était eux qui étaient avides du sang qu’on allait verser. Pauvres âmes perdues, elles ne valaient pas mieux que celles des êtres sur scène.

Et qu’elle était belle Azraëlle, belle Azraëlle, Belle l’Azraëlle. Pas belle par la forme de son visage, de sa bouche, de ses yeux, de son nez, non ; belle par l’expression que tout ceci exprimaient. Expression d’une majesté celtique, au royaume enneigé et perdu. Majesté céleste et supérieur par l’esprit ; figure figée sur un trône sculpté. Qu’elle était belle Azraëlle, belle Azraëlle, Belle l’Azraëlle. Elle semblait si fade avec ses yeux au délavé de bleu et de vert, cette mortelle, avec ses cheveux blonds vénitien et cette air si dénué d’une quelconque âme grandiose. Elle n’était bonne qu’à enfanter cette mortelle ; enfanter dans la douleur et en mourir. Elle n’était bonne qu’à cela, trop faible pour donner une vie et garder la sienne. Elle perdrait ses ailes ce soir mais elle ne marcherai pas ; elle se fanerai.


« Ah, qu'il est laid le prétendant,
Qui suppose sacrifier à son propre bonheur,
Les ailes de son aimée,
Qu'il est vil celui qui ose accuser,
La chaste mère qui protège,
D'un odieux crime !

Et il veut couper de ses mots profanes,
La pureté de la belle, et il entend
A son niveau l'abaisser !
Mais quel est ce fou ?
Dont la fierté est telle
Qu'il veut mettre l'ange à genoux !

Eh toi ! Maudit pécheur !
Tu voudrais la voir poser,
Fouler le sol de ses pieds !
Que l'ange ne salisse la poussière,
Car il est trop tôt pour l'aimer. »

Armand sourit intérieurement à la beauté des vers débités par Azraëlle, assise sur le rebord dallé de la scène. Ils n’étaient destinés qu’à lui, il le savait, même si les yeux de l’immortelle étaient dirigés vers le public mortel ; ils n’étaient destinés qu’à lui, car seul lui pouvait les comprendre. Santiago et Estelle, en arrière plan de cette scène peinaient à les suivre, n’ayant le temps d’analyser qu’une phrase sur deux. Qui d’autre qu’Azraëlle, beauté de l’être, aurait prononcer ces paroles ?
Elle quitta alors son perchoir pour courir sur la scène et fit tomber la jeune mortelle et embrassa Armand et finit sa course. Qu’ils étaient différents ces deux immortels à l’esprit aussi froid l’un que l’autre. Mais le physique n’importait plus en cet instant, seule la puissance de l’esprit avait une importance. Ah ! aussi désespéré et impénétrable qu’était l’esprit d’Armand, il n’en était pas moins aussi fort que celui d’Azraëlle. Qu’elle était belle l’Azraëlle…


« Ah qu'elle vous chausse de beaux souliers,
La peur de tomber ! Mais qui pense,
Aux cris du cœurs, aux amours lointains ?
Mon dieu ma peine est grande !
Et grande de même sera ma haine ! »

A la fin de cette tirade, Armand estima qu’elle était la dernière et indiqua qu’on abaisse le rideau avec une intonation conséquente de l’orchestre. Ce fut réalisé et le rideau se baissa, et les mortels applaudirent. Ils étaient heureux –non pas de n’avoir rien compris- d’avoir vu la beauté sur scène, une fois de plus, d’avoir espéré faire parti de ces privilégiés sur scène. Comme à leur habitude, les vampires ne sortirent pas du rideau pour saluer le public, ne quittant pas leurs masques d’être intouchables, ils partirent juste vers les sous-sols du Théâtre, pendant que la salle se vidait.
Armand s’approcha d’Azraëlle, pareil à son jeu de scène qui, en vérité était son allure naturelle, avec l’intention de savoir pourquoi elle était là. Laissant la mortelle être emportée toute heureuse par Estelle, il s’agenouilla à côté d’Azraëlle ; pareil à l’image du bel adolescent. Il attendit qu’ils soient complètement seuls, et, de sa voix mélodieuse, il s’adressa enfin à sa contemporaine :


« Azraëlle.
Ce fut une surprise de te trouver parmi nous ce soir. De ton âge tu es grande face à ces enfants des années, pareils à des nains. De ton esprit tu es infiniment plus grande…
Ne te méprends pas sur moi, je ne t’envie pas, je ne t’admire pas, je constate seulement le contraste entre ton être et ceux des profondeurs du Théâtre.
-Je ne me présente pas, selon des rumeurs, je suis déjà connu.- Je cherche seulement à comprendre ta présence ici, et malgré mes réflexions, je ne trouve pas ; mes yeux restent fermés. Ta présence à Paris aurait pu être anodine, mais pas ta présence au sein même du Théâtre.
Ouvre mes yeux, je te prie. »
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Mar 14 Aoû - 19:51

Ridule de rien sous les applaudissement enthousiastes du public. Infini vide sous le déchainement de sentiments venus d'en bas. Du profond, du réel, du vivant. Qu'offrait donc un immortel à la puissance crédule de l'humanité ? De l'utopie, là cette scène était ce lieu qui n'existe pas, ce lien tangible entre la vie et la mort. Ces dalles c'était un peu du néant qui sépare le tout du rien. Ah, oui cette humaine avait frôlé le néant, que sa vie serait plus forte loin des tourments qui agitent les éternels. Oh, petite fille, tu peux bien te demander en quoi ton réel est plus beau, est plus fou que leur substitut de vie. Eux-mêmes ne sauront te répondre. Alors tu pointera du doigt l'immortelle magnifique courbée sur la scène, et tu demanderas si l'on peut être mieux qu'elle, plus beau et plus irréel. Mais tu ne sauras jamais, non jamais, que le plus laid, le plus boiteux de vos humains vaut plus qu'elle. Ils vendent du rêve les comédiens, ils savent te tirer des larmes, comme des livres, comme des tableaux. Bien que tu t'opposes à Wilde en pensant comme moi, je te l'assure l'Art s'inspire de la vie, et si grand, si magnifique soit-il, que de pâleur face à elle. Oui, mortelle, cours avec Estelle, vite, rejoins tes semblables, et je t'en supplie ne te perds pas.

Le rideau était tombé, voilant aux yeux mortels la magnificence des dalles froides. Azraëlle ne frissonna pas. Elle resta immobile, pliée sur elle même. Elle n'était plus humaine et cela ne lui servait à rien d'effectuer des mouvements inutiles. Elle avait ce droit de ne plus vivre dans la précipitation, son immortalité la disqualifiait de sa longue course contre le temps. Depuis des siècles elle se trouvait hors jeu, simple spectatrice. Evoluer dans la nécessité, dans l'envie. Ne pas évoluer des siècles et des siècles durant si elle le souhaitait vraiment. Ses oreilles entendaient ce que ses yeux ne voyaient pas, et ici où l’acoustique était si parfaite, où chaque son était une kyrielle magnifique déployée à l'infini sous les voûtes de pierre, l'ouïe et la vue était d'un curieux double emploi. Alors ses paupières restèrent fermées, laissant ses tympans savourer les pas, Ô si légers de la gracieuse pucelle, et ceux plus légers s'il se peut de la jeune immortelle, qui agissait comme un parfait pantin depuis le début de la représentation. Dans ce temps fractionné en un million d'instant plus long l'un que l'autre, elle pris le temps de réfléchir sur l'organisation d'apparence du Théâtre parisien.

Armand en était le maître parfait, cela ne faisait aucun doute, et d'ailleurs cela s'illustrait absolument dans l'attitude d'Estelle. Ladite immortelle semblait n'avoir qu'un centre de gravité, lequel était son maître. En tant que jeune vampire elle avait besoin d'un point d'appui, d'un centre de son monde, qui lui paraissait si grand pour l'heure qu'un repère lui était vital. Car sinon, qui l'empêcherait de sombrer dans la folie d'un monde qui pouvait paraître néant tant immense il semblait. Un maître discret pourtant, ses gestes était simples, et il s'était assis sur une loyauté qui avait l'air solide comme le roc. Il n'était pas contesté, du moins pas sur cette scène, où il rayonnait, en bon centre de son monde. Un vampire quelque peu plus âgé était également figurant au sein de ce Théâtre. De même qu'Armand il semblait force tranquille. Ayant pris mesure de sa puissance, il n'en doutait plus assez pour réduire à charpie tout ce qu'il croisait, pour avoir besoin de prouver au monde qu'il était immortel et fort.

C'était très paradoxal d'ailleurs. Jeune un immortel n'avait qu'une puissance moindre dont il n'avait cesse d'asseoir la souveraineté par des actes souvent immoraux et effrénés, déraisonnables. Mais en vieillissant le vampire devenant surpuissant et pourtant agissait sagement. La conscience de la puissance était la même toujours. Mais simplement les premiers en avait assez peu pour en douter, et les seconds trop pour ressentir l'envie de l'asseoir. Elle était présente et cela suffisait. Nul besoin d'actes pour le prouver.

Mais peu importait, et d'ailleurs la scène s'était totalement vidée. Il ne restait qu'Armand et Azraëlle. Et c'était volontaire, elle le devina lorsque les pas de loup du maître du Théâtre s'approchèrent d'elle. Au vu de la force du son de sa voix, elle comprit qu'il s'était agenouillé à ses côtés. Elle aurait pu le craindre. Mais les règles du jeu étaient telles qu'il les avait fixé. Et il n'y dérogerait pas, elle le savait.

« Azraëlle.
Ce fut une surprise de te trouver parmi nous ce soir. De ton âge tu es grande face à ces enfants des années, pareils à des nains. De ton esprit tu es infiniment plus grande…
Ne te méprends pas sur moi, je ne t’envie pas, je ne t’admire pas, je constate seulement le contraste entre ton être et ceux des profondeurs du Théâtre.
-Je ne me présente pas, selon des rumeurs, je suis déjà connu.- Je cherche seulement à comprendre ta présence ici, et malgré mes réflexions, je ne trouve pas ; mes yeux restent fermés. Ta présence à Paris aurait pu être anodine, mais pas ta présence au sein même du Théâtre.
Ouvre mes yeux, je te prie. »


Elle eût envie de rire à ses paroles. Ah, ainsi il croyait que de beaux mots pourraient endormir l'immortelle ? Et pourtant c'était d'une politesse désuète qu'elle apprécia sans le dire. Cependant la flatterie ne lui plaisait pas, et encore moins qu'il se croit assez intéressant pour l'avoir menée jusqu'ici. N'était-il pas sot ce fils du diable ? Elle ne savait pas le juger. A force de vivre loin d'eux, elle ne savait plus qui étaient ses semblables, elle s'en était rendue compte face à Eshiny.
Elle se déplia d'un geste gracile et commença à marcher sur la scène sans but véritable.

« Tu crois donc que d'avoir joué un jeu -Ô combien dangereux pour ta patrie, tu le reconnaitras- sur scène en ta compagnie, que d'avoir entendu tes beaux mots m'aurait aussi bien endormie que ces mortels pour qui tu donnes spectacle ? Quel âge ai-je donc l'air de porter pour qu'ainsi tu pense m'anesthésier de tout secret ? Ton erreur fût de croire qu'un motif est obligatoire pour aller en ton théâtre t'écouter. Je n'ai pas besoin de but pour évoluer en ce bas monde. Quelles années t'ont forgé ? Il semble que tu en aies oublié que la curiosité puisse exister. Mais passe outre ces remontrances si elles te déplaisent. Je ne peux te donner de réponse. Ou alors elle serait si longue et si éclectique -si fausse également- que tu en oublierais ta question. J'ai l'habitude des mots. »

*Je suis la menteuse du Temps. Ô Armand.*


Ses doigts fins et parfaits se déposèrent, venant de derrière, sur les joues, les pommettes et les yeux d'Armand avec la délicatesse de deux papillons de poussière. Elle se tenait là dans son dos. Immobile. Les pensées comme un souffle léger lui furent projetées avec grâce.


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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Lun 27 Aoû - 10:18

Les spectateurs –les mortels- avaient tous, ou presque, quitté les lieux, emportant les échos de leurs bavardages au sujet du spectacle auquel ils venaient d’assister. Selon les dires, ils avaient aimé le début mais ensuite étaient restés sur leur fin. Dommage. Cela faisait des années qu’Armand ne se souciait plus de savoir si le spectacle plairait à ceux à qui il devait plaire ; ses spectacles étaient ainsi, aux caprices des vampires du Théâtre. Tantôt moqueur si l’un d’entre eux avait une envie de moquerie et de railler la morte, tantôt funeste si un autre avait envie d’affirmer la supériorité des immortels… Oh ! comme elle était loin –comme elle était morte- la période où les spectacles faisaient bien rire le peuple et autres petits gens, où les nobles ignoraient l’entrée du Théâtre un mouchoir de dentelle sur le nez. Ah ! comme c’était loin ce temps où ils se moquaient encore des évêques trop gras, des marquis trop maniérés, quand l’orchestre en était un de musique de chambre et que les farandoles résonnaient, les bastonnades vivaient naguère.

Mais les mots importaient peu aux spectateurs, toujours avides de la beauté surnaturelle, des cheveux de soie, des yeux brillants, des visages d’ange. Ils avaient vu des filles mourir sur scène, mais étaient revenus. Encore. Toujours. Ah…quelle belle réputation avait là le Théâtre des Vampires et ses beaux comédiens ! Eux, tutoient les anges. Eux, sont les anges.

Et quels anges ! Aux cheveux noirs, aux noms résonnant en ‘’el’’. Belle Azraëlle, quel ange était-ce là ? Si vieille qu’elle aurait pu écraser Armand si elle l’avait voulu, tant avec la force de ses membres qu’avec celle de son esprit. Le presser, lui retirer tout ce qui avait encore un minimum de sens et en faire une coquille vide aux yeux livides. Vides la petite flamme au reflet de lumière, au coin de la prunelle, témoin qu’une âme habitait derrière.
Mais elle ne le ferait pas.
Non pas qu’elle aurait peur des représailles, ah ça ! elle avait l’air bien trop indépendante pour s’ennuyer l’esprit avec de telles choses. Non pas qu’elle n’oserait pas ; les scrupules n’étaient pas des familiers. Elle ne le ferait pas, tout simplement. Aussi forte qu’elle était, elle se contenterait de frôler Armand, tel un esprit errant, soufflant à son oreille.
Belle Azraëlle…Quels secrets avait-elle derrière ses prunelles ? De quels pays était-elle la Reine ? De quels yeux avait-elle succombée ?
L’errance, elle l’appliquait sur la scène, grande et froide de son carrelage.


« Tu crois donc que d'avoir joué un jeu -Ô combien dangereux pour ta patrie, tu le reconnaîtras- sur scène en ta compagnie, que d'avoir entendu tes beaux mots m'aurait aussi bien endormie que ces mortels pour qui tu donnes spectacle ? Quel âge ai-je donc l'air de porter pour qu'ainsi tu penses m'anesthésier de tout secret ? Ton erreur fût de croire qu'un motif est obligatoire pour aller en ton théâtre t'écouter. Je n'ai pas besoin de but pour évoluer en ce bas monde. Quelles années t'ont forgé ? Il semble que tu en aies oublié que la curiosité puisse exister. Mais passe outre ces remontrances si elles te déplaisent. Je ne peux te donner de réponse. Ou alors elle serait si longue et si éclectique -si fausse également- que tu en oublierais ta question. J'ai l'habitude des mots. »

Les yeux d’Armand se voilèrent de la douceur des mains blanches d’Azraëlle soufflant en lui son être. Elle était belle. Tant par son être que par ses mots. Etait-elle l’une de ces vrais Enfants des Millénaires, dont le temps n’avait pas amoindris les capacités mentales ? Ces Enfants aux secrets de personnalité, aux secrets des mots ?
Oh ! Si Armand se prenait à rêver, il se briserait les ailes alors il s’en empêcha. Il s’empêcha même de formuler la pensée qui le tiraillait quant à son créateur. Oh non, il ne fallait pas. Il ne fallait pas y repenser, c’était fini.
D’un geste délicat, en parfaite harmonie avec son physique d’androgyne, il retira les mains de ses yeux et se retourna sur Azraëlle, légèrement plus lentement que l’eût fait un mortel.


« Tu as arrêté d’agir pour ta curiosité Azraëlle. Si tu marches c’est que tu as un but, une raison. Et tu avais une raison de côtoyer ces fauteuils de velours ce soir. »

Il posa un doigt sur la bouche de l’immortelle comme pour lui signifier de se taire… Bien qu’en ce cas, cela avait juste le mérite d’étendre la grâce d’Armand. Ses yeux bougeaient rapidement, se posant sur ses cheveux, ses yeux, sa bouche, son nez :

« Même sans m’avoir prononcer les mots, même sans m’avoir envoyer les mots, je le sens en toi. Chaque fois que ta poitrine se soulève, brassant cet air dont tu n’as plus besoin, je le sens. Ton être parle malgré toi et mes yeux parlent ce langage.
Je t’en prie ne soit pas cette énigme.
»
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MessageSujet: Re: Une Anglaise au théâtre...    Dim 2 Sep - 11:14

Il avait, en vérité, tout ce dont une mortelle eût pu rêver pour son futur. Ses airs androgynes, l'intelligence qui nichait dans ses yeux sombres ourlés de cils de jais, ses cheveux longs et soyeux, que n'aurait donné une jeune femme pour se marier à un homme d'apparence si vertueuse, si sage ? Azraëlle n'en savait rien, et à dire vrai peu lui importait. Elle voyait mal comment un être si torturé pouvait passer pour vertueux au regard humain.
Car oui, il avait dans son regard la flamme de ceux qui ne trouvent jamais le repos. Pourtant, son règne eût du l'assagir, mais il n'en était rien, et visiblement l'immortelle remuait en lui des cendres qu'il se fût bien garder de ranimer s'il en avait eu le choix. Au juste, c'était peut être un peu cela qu'elle recherchait, il lui fallait l'avouer. Elle s'amusait des caprices psychiques de ses congénères, c'était sa façon de procéder. Semer le doute dans les viscères de ses semblables, comme un poison, en moins évitable, plus absolu. Et ils tombaient du haut de leur folie qui n'était jamais plus qu'enterrée sous leur présent.
Mais elle ne recherchait pas cela en l'esprit d'Armand, de même elle se devait l'avouer. Ni en celui d'Eshiny, quoique cet exemple fusse moins probant que celui qui se déroulait sur la scène du Théâtre.
Elle cherchait le surplus de sagesse qui leur donnait la force, non pas de se voiler la face quant à leurs doutes, mais bien de les ignorer quand ils resurgissaient. En se retrouvant en face d'eux c'était elle-même qu'elle voulait trouver.

Elle fixa la nuque brune lorsque d'un geste doux, il ôta ses doigts de son visage. C'était une nuque fragile, qu'elle eût pu facilement briser. D'autant plus que l'immortel dont elle daignait jouir de la compagnie, semblait s'être, ni plus, ni moins, attaché à elle. Et cela ne lui plaisait pas, pour dire plus elle abhorra ce fait lorsqu'il se retourna vers elle, lui offrant le sombre décryptage de ses prunelles en guise de réponse avant de se mettre à parler.

« Tu as arrêté d’agir pour ta curiosité Azraëlle. Si tu marches c’est que tu as un but, une raison. Et tu avais une raison de côtoyer ces fauteuils de velours ce soir. »

Il anticipa -à tort- une réponse de son vis à vis en lui plaçant un doigt sur la bouche pour l'empêcher de formuler un seul mot. Il la dévisagea avec attention avant de reprendre.

« Même sans m’avoir prononcer les mots, même sans m’avoir envoyer les mots, je le sens en toi. Chaque fois que ta poitrine se soulève, brassant cet air dont tu n’as plus besoin, je le sens. Ton être parle malgré toi et mes yeux parlent ce langage.
Je t’en prie ne soit pas cette énigme. »


Il n'avait pas fini d'articuler la dernière syllabe quand elle se recula pour échapper à l'emprise impérieuse de ce doigt fin et délicat qui s'était posé sur sa bouche. Ses sourcils se froncèrent sur son front noble tandis qu'elle reluquait Armand. Elle n'aima pas ce regard non pas suppliant, mais plutôt compréhensif qu'il posait sur elle.
Comme s'il avait pu comprendre quoi que ce soit. -Il osait comprendre ce qu'elle n'avait pas dit, pis encore, ce qu'il devinait.- Quelle humiliation si tout ce qu'il pensait était faux. Elle savoura d'avance ce moment ou, comme nul autre avant lui, il subirait le joug de la puissance -involontaire pourrait-on dire- de la belle.
Car tout était ainsi, elle était son ainée, et qu'il croie deviner ce qu'il n'avait pas à savoir n'était pas tolérable. Né après, né trop tard, comme le cadet qui deviendrait moine parce que son frère a tout reçu en héritage, il comprendrait la douleur d'être, et pour toujours, le deuxième sur la liste.

Féline elle se ramassa imperceptiblement sur elle même. Immobile, elle garda son regard planté dans le sien encore quelques secondes avant de bondir, en un seul geste sur lui. Délicate, elle pris le soin de répandre autour d'elle un flot de pensée inaudibles qui portaient avec elles une sensation de puissance écrasante mais dénuée de tout danger. Elle voulait lui signifier qu'elle ne l'attaquait pas, qu'il se laisse aller simplement, qu'il cède en somme, et tout irait bien. Elle le plaqua au sol fermement. Il se retrouva allongé sur le dos, contemplant la voûte de pierre au dessus de sa tête. Elle s'accroupit sur lui, au niveau de son torse. Son visage lisse, parfaitement neutre se rapprocha du sien avec douceur.

« Alors c'est donc cela ? L'impertinence irraisonnée. Tu n'as pas peur, pour t'essayer à traduire mes gestes en mots, pour tenter et échouer à l'exercice fastidieux de ma compréhension. J'ai trop de siècle derrière moi pour n'être plus sage que toi Armand. Tu veux comprendre alors que je m'ouvres. Il n'y a rien à analyser, rien de difficile dans mes mots. N'y cherche pas un sens.
Tu vois, je suis là, je te domine du haut de mon âge, je suis belle, je suis forte, je reste de marbre. Ta torture ne me touche pas, et tu sais que d'un geste je peux mettre fin à ton sursis. Cesse maintenant de me regarder avec cette irraisonnée question. Je ne t'en donnerais pas la réponse.
J'ai vécu trop longtemps de mes propres rhétoriques pour t'arracher au supplice des tiennes. C'est cela, enfant, l'immortalité, n'avoir jamais de réponses. »


Et Azraëlle désintéressée et narquoise, cynique même, encor que juste, s'abandonna. Qu'il tente une vengeance misérable. Elle l'accepterait. Ce serait déraisonnable, mais peu lui importait. Qu'il cherche, comme bon lui semble des réponses dans cette vengeance sans puissance, le fait était, jamais elle ne lui répondrait. Infante des millénaires.

Spoiler:
 


Je te tuerai Invité.

Merci.
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