Kyrie Eleison - Les enfants de Satan

Enfants de Dieu, vous voilà adoptés par Satan...
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Nous sommes en mars 1850...Le temps est plutôt à la pluie du côté de Paris, brumeux pour la Transylvanie et clément en Italie...


Les prédéfinis sont arrivés ! Adoptez-les, ils sont adorables <3

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 L'eau seule est éternelle...

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Azraëlle
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"Triste Lune dont le reflet est accessible de tous. Toi Lune grise, tu règne sur ceux-là qui ne voient plus que toi...
Nous ne rêvons plus de rien."



But I shall rule...

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MessageSujet: L'eau seule est éternelle...   Dim 1 Avr - 14:31

*Délicate créature, c'est ta tempe qui bat, ton sang qui s'apprête à couler. Viens près de moi, doux ange, ton coeur s'éparpille, il se meurt d'amour. Mon bel éphèbe, meurt tout court. Fragile mortel, mon étreinte peux te briser et te soumettre. Qu'attends-tu pour vivre bel oiseau? Qu'attends-tu pour t'échapper... Mon immortalité te sera mortelle, mais tu t'accroches à ta mort comme à la corde qui qui te sauvera. Je n'ai pas pris le soin de t'endormir de douces promesses, et ton tympan n'a ouï que ma voix. Se peut-il qu'elle te fût caresse? Se peut-il que tu t'entiche si sottement d'une créature qui t'es étrangère. Mes yeux tu le sais te regardent en cette heure. Tu me fixe, tu crois à mon amour... Crois-tu qu'ils vissent autre chose que ce que tu es? Ô craintif animal, pourquoi t'enamouracher de deux prunelles dont la haine n'aura jamais d'égale? Ma main s'égare dans l'or de tes cheveux, et tu soupire. Ta lascivité te perds, mais tu en semble heureux... Triste cadavre, je te vois déjà vaincu. Je n'ai guère de honte, mais l'intrigue de ton être m'obsède. Quel était ton nom? Je l'ai oublié... Puisse-tu là haut me pardonner, moi, moi qui n'aurais jamais le droit qu'au bas...*


Azraëlle sourit. Dans ses yeux de biche si clairs, le regard du jeune mortel se noya... Sa pensée n'était pas dénuée de sens, mais cette rhétorique ne lui était pas étrangère. En elle se cachait l'adorable mélancolie d'une femme obsédée par la vie. La belle immortelle voyait ce sang, cette vie inonder les joues, les membres, fleurir la peau de l'homme en face d'elle. Elle en respirait le bouquet interdit. Depuis toute ces années elle avait compris que si le vampire tue, c'est pour tenter de voler un peu de la vie magnifique qui embrasait les humains qu'ils méprisaient tant, elle savait que la source de ce mépris était née de la jalousie dévorante qu'ils tenaient envers ce sang qu'ils en étaient venu à absorbé pour connaître l'illusion de l'écarlate... Que n'eussent fait les plus vieux parmi les plus vieux pour voir à nouveau s'épanouir la rose écarlate de la vie sur leur joue désormais pâle, ce pour l'éternité.

C'était cette rose même que la nostalgique immortelle caressait sur la joue de l'homme. Homme qui fermait les yeux de bonheur, et ne les rouvrit que lorsque qu'elle eut soustrait sa main du velours rosée de la joue... Elle se leva et, sa robe de soie sauvage couleur du couchant ondulant sur ses hanches fines, s'avança vers la rivière. Elle mit les pieds dedans, se délectant de la fraicheur du liquide qui tractait des poissons argentés, des brindilles et plus rarement, des feuilles vert tendre des jeunes arbres dont la souche baignait dans l'eau. Oui.

*C'est là qu'il mourra, ce distillat de vie, ce vin chéri, cette substance adorée coulera dans ma gorge tandis qu'il s'en ira les pieds dans l'eau. Ce sera beau, peut être que j'offrirais une goutte à la rivière... Et l'eau deviendra rouge, elle créera le camaïeu du sang humain, qui filera. Il s'étiolera pour disparaître. Moi je ne serais déjà plus là. Et mon ange echoué, reposera là, moitié de terre, moitié d'eau. Ainsi sera son cercueil.*


-Viens me rejoindre, aimé. Viens, l'eau est douce.

Il se leva sous le regard doux d'Azraëlle, et il vint à ses côtés, frissonnant. Ils échangèrent un baiser. Elle sourit tandis qu'il l'enlaçait. Elle sentait qu'il frissonnait mais également qu'il la désirait. Elle lui caressa les cheveux, et sa bouche carminée, descendit sur la gorge de l'infortuné. Lorsque qu'elle sentit l'artère sous sa langue, elle se redressa et regarda les yeux sombres de l'homme qu'elle allait tuer. Elle y plongea sa mélancolie de vert.

*Meurs donc, puisque j'en ai ainsi décidé.*

Les lèvres se posèrent comme deux papillons à l'endroit où palpitait la vie de l'humain... Un murmure tremblant s'échappa de la gorge d'Azraëlle.

-Adieu....

La mâchoire se referma comme une étreinte sur le cou désiré.


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Eshiny
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« Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité... »


Maudite chère enfant gâtée.

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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Lun 2 Avr - 17:21

- "La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit: "Cette enfant me plaît."
Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s'étendit sur toi avec la tendresse souple d'une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C'est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis; et elle t'a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l'envie de pleurer..."


- Je n'ai pas souvenir que le croissant de Lune t'inspirait la poésie française mon bien-aimé, répondit Eshiny à Lazare qui venait de débiter ces quelques vers en français tout en regardant la Lune à travers les aiguilles des conifères de la forêt qu'ils étaient en train de parcourir.

Elle faisait encore partie du domaine qu'Eshiny avait eu tant de peine à délimiter au milieu de ces créatures de la nuit sans foi ni loi, sans même une once de raison, ces animaux errant sachant à peine comment se nourrir nommés injustement vampires. Ils n'étaient pas partis, oh non ! Ils étaient toujours là, mourrant au lever du soleil, enfantant par erreur, errant sans but, sans âme. Eshiny les tolerait si ceux-ci ne tuaient pas sur son territoire, les mortels s'y trouvant étaient à elle, et à elle seule.

Se faufilant entre les fougères et racines, accompagnée de Lazare, Eshiny comtemplait son domaine. Elle n'avait jamais eu de grande passion pour la botanique mais savait apprécier la beauté des sapins hauts comme des cathédrales, narguant les voyageurs de part leur hauteur. Les forêts européennes de l'Est étaient si différentes de celles aux alentours de la Rome antique...La femme brune était vêtu d'une culotte en velour et de hautes bottes cirées, comme un homme en autre, comme lors de toutes ses sorties nocturnes hors de son château et ses mondainités.

- Oh, ne devons-nous pas célébrer sa beauté en cette nuit ? répondit simplement Lazare levant les yeux au ciel.

- Les Lunes se succèdent et se succèderont toujours mon doux. Pourquoi rendre hommage à cette vaniteuse qui nous observe de toute sa hauteur ?...

Lazare ne répondit rien à cela et continua à suivre Eshiny à travers l'enchevêtrement de plantes et de branches au sol. Elle marchait d'un bon pas, sautant par dessus les troncs et les grosses branches, comme son âge et sa force le permetaient. Elle n'avait jamais connu l'essouflement, la fatigue...Ou peut-être si, mais ceci lui semblait si loin. Il semblait qu'elle avait toujours eu une vingtaine d'année...
Néanmoins, elle s'arrêta brusquement.


- Qu...? commenca à demander Lazare. Eshiny le fit taire un doigt sur sa bouche peinte de rouge.
Elle sentait des vibrations...Lourdes et régulières comme des timbales frappées avant un sacrifice. Elles étaient fortes mais elle restaient au même endroit, ne se rapprochant pas. Eshiny regarda Lazare qui se bouchait les oreilles expirant un petit gémissement, mis à part ceux de sa créatrice, il n'avait jamais entendu les battements de coeur d'un immortel aussi vieux, aussi forts...

*Un autre...*


Sans même s'accroupir aux côtés de Lazare, elle posa une main sur épaule tout en le fixant de ses yeux noisettes, rendus noirs par l'obscurité ambiante. Elle ne prit pas la peine non plus de parler à haute voix, préférant s'imiser tout de suite dans l'esprit de son enfant si fragile.

*Va. Retourne au château. Ne vient pas à moi ni à...lui.*


Elle se retourna alors et se mit à courir, sautant par dessus les obstacles, contournant les arbres sur son passage à une vitesse prodigieuse, ses cheveux attachés en une natte simple battant au vent. Eshiny se rapprochait de cette force de la nature ayant traversé les siècles tout comme elle. D'où venait-elle donc ? Qui était-elle ? La jeune femme avait déjà eu echos de rumeurs au sujet d'une certaine Pandora ou d'un Maël, mais elle n'avait jamais croisé leur route. Peut-être était-ce l'un d'eux ? Ou alors un autre. Il avait au moins son âge, peut-être un peu moins, ou un peu plus...
Excitée, effrayée, Eshiny était tiraillée entre ces deux sentiments.
Elle arriva alors près des berges de la rivière. Dans celle-ci se baignait un sanglant spectacle blasphemant l'eau si pure par du sang.
Eshiny s'accroupit sur la berge telle une gargouille sur une tour de cathédrale et observa la femme dans l'eau...Elle ne perçut qu'un nom d'elle, "Azraëlle". Le sien ? Sans aucun doute...La même énergie que celle de l'immortelle de son dernier bal...
Alors que le mortel soupirait pour la dernière fois, Eshiny prit la parole.


- Ne t'a-t-on jamais dit qu'il était interdit de chasser sur les terres d'Eshiny ?
Ni même de souiller l'eau cristalline qui abreuve ces mortels par le sang de l'un d'entre eux ?...


« Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques. »


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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Lun 2 Avr - 20:16

Le sang ne pénétra pas en la bouche mortelle d'Azraëlle, il s'écoula, mince filet écarlate, le long de ses babines carminées; il s'échoua dans l'eau, ainsi que l'avait prédit l'immortelle. La rivière, traça de son trait pur et statique d'argent, la marque rouge de la mort. Un rocher calcaire, qui gisait plus bas dans le courant en fût taché. La signature pourpre des vampires, éphèbes et succubes de la nuit, s'apposa ainsi, sur les poissons qui n'en continuèrent pas moins de glisser, indifférents à la mort qui les vêtait d'une soie paresseuse et morbide qui les accompagna sur quelque mètre avant de se mourir totalement... L'immortelle ouvrit sa mâchoire, relâchant l'étreinte carnivore de ses dent, laissant pourtant une plaie béante dans le cou du jeune homme, mort avant que l'adjectif qu'on lui alliait n'ai pu passer "vieux". Une goutte rouge vint tacher la gorge pâle du vampire. Elle roula sur son abdomen avant de glisser dans l'échancrure de sa robe, laissant sur cette dernière une trace sanglante, elle finit sa course fût arrivée dans le nombril de marbre.
Azraëlle soutint la nuque du garçon avant de la poser doucement sur la terre. Puis, elle se redressa, et s'avança dans le courant, vers les profondeurs. Laissant l'eau vive lui lécher les hanches, et au passage, marquer le bas de sa robe, d'une estampe couleur cerise, esquisse du meurtre sur l'assassin.

*Pauvre cadavre, tu aurais dû t'abstenir. Mais seul le temps engendre mère prudence... Oh triste pantin, combien de lunes avais-tu vu? Combien de filles inoffensives et pures avais-tu étreint? Ton nom, mortel mort, seras oublié. Le mien survit, tant que j'existe, dieu sait que j'existerais toujours. Je l'imprime partout, il reste chaque fois une mémoire, au moins une, gardant souvenir de l'horreur que j'ai semé, du sang que j'ai laissé. Mon nom, sordide, vit parmi vous, j'ai le pouvoir de me nourrir de vous dans votre esprit, je vous ravit la part qui me craint. Et lorsque vous mourrez, je reviens, et mon nom également. Et il s'installe, ne mourant qu'oublié par vos plus anciennes légendes... Un parmi tant d'autre, de toi joli chiffon, je ne me souviendrais guère. Ton sang est amer, et ta peau abimée. Il fût des donzelles plus agréables... Mais ma victoire reste dérisoire... As-tu, oh dis moi, as-tu plus d'éternité là haut que moi ici-bas? Ange, où es-tu à présent....*


Jouant avec l'étoffe de sa robe, d'amont en aval, tentant d'arrêter le courant elle marcha un peu, puis revint sur ces pas, comme une indécise meurtrière, qui ne sait si elle doit abandonner le corps mort ou le faire disparaître. Rêveuse. Mais sans crainte, même lorsqu'elle aperçu l'ombre qui se tapissait sur la berge, semblant l'observer. Elle reconnu en l'écho qui lui parvint, un vampire comme elle. Et cette fois ci, réellement comme elle. Un vieux. Ou une vieille. Féline elle se rapprocha du cadavre pour mieux voir. Elle reconnu l'immortelle maîtresse de bal, Eshiny. Elle se demanda si elle avait été reconnue. Elle en tout cas elle reconnaissait. Elle s'était renseignée sur les vampires de Transylvanie, glanant quelques informations lors d'un bref passage en France. Ce souvenir lui en rappela d'autres... Elle avait au cours de cette visite eu le loisir de rencontrer le grand Chateaubriand, torturé et humain déjà mort quoique vivant, cette homme avait eu le mérite de lui plaire profondément, elle s'était prise d'amitié et en était venue à vivre durant presque dix ans en France. Elle qui ne s'arrêtait jamais que pour quelques jours en avait eu pour son ennui mais l'homme qui la retenait valait à ses yeux cette stabilité qui lui aurait tant déplu si elle avait été seule. Chateaubriand jouissait à l'époque d'une femme qui était la sienne, nommée Céleste, on eu pu croire qu'elle fût un astre, elle le fût sans doute un peu trop car l'immortelle agacée de mièvrerie la tua, d'une façon des plus abominables. Suite à cette mort précoce, ou peu être pas, Chateaubriand décéda un an plus tard, mais Azraëlle le quitta avant, refusant de voir l'ami chéri, en cadavre, mort de vieillesse, laid, et mort avant de mourir... Les mémoires d'Outre-tombe, posthume avait été éditées peu de temps après et elle se les procura. Elles étaient comme le symbole d'une "petite" mort dans un vie.
Elle fit de ce livre qui s'usa, sa bible... Mais dans son coeur, il ne fût rien de moins que le souvenir d'un ami. Eteint deux ans plus tôt.

-Chaque homme renferme en soi un monde à part, étranger aux lois et aux destinées générales des siècles. Ne connaissez-vous donc pas le "vous"? Votre nom et votre personne sont-ils si grands que vous ayez besoin du "Elle" pour en parler? L'eau est-elle si pure que l'on dit alors qu'elle porte avec elle le germe des maladies des bêtes qui s'y abreuvent? Le sang de ce mortel est-il si sale? Quant à ma prétendue chasse, je vous l'affirme il s'agit d'art. Qui êtes vous donc Eshiny pour n'être devenue sage malgré votre âge? Mes questions sont-elles plus bêtes que les vôtres? Allons dame, votre verve semble présente, ne vous taisez point. Vos reproches sont sots. ne le voyez-vous?

Elle sourit négligemment, laissant le temps aux mots de se faire entendre.


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Eshiny
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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Sam 7 Avr - 10:57

Eshiny était toujours accroupie sur la rive de la rivière, épiant sa consoeur, tel un animal guettant une proie, immobile comme la roche. Azraëlle, Azraëlle...Eshiny répéta des dizaines de fois ce nom dans sont esprit. Cette vampire l'intriguait, elle était mystérieuse et surtout arrogante avec elle, ce qui était rare, elle qui était habituée à la crainte jeunes démons et leur peur encore si présente, de la mort. Plus les années passaient, plus on se riait de la mort, la défiant nuit après nuit, la devançant chaque jour un peu plus ; "Tu ne m'auras pas ma vieille amie, dans cette course si tu me rattrapes c'est parce que je l'aurais voulu, parce que j'aurais abandonné, parce que je t'aurais laissé gagner. Si tu gagnes, c'est aussi parce que j'aurais cédé à la tentation de revoir ce soleil au zénith me brûler les yeux jusqu'à me rendre aveugle et me réchauffer la peau, lui que je n'ai pas vu depuis des siècles, remplacé par sa soeur la Lune..."

*Azraëlle, Azraëlle...Vagabon ! Où étais-tu durant toutes ces années ? Pourquoi n'es-tu pas de ceux qui n'ont supporté l'atroce éternité ? Je voulais être seule, mais tu es là...
Pourquoi n'as-tu pas sombré dans la folie ?
Ô, telle que tu me vois je brûle de curiosité, de questions, mais je ne t'en ferais pas part, non. Et je sais qu'il en sera de même pour toi. Nous faisons partie de l'ancien monde et du nouveau, si nous avons survécu c'est en gardant nos secrets.*



- Chaque homme renferme en soi un monde à part, étranger aux lois et aux destinées générales des siècles. Ne connaissez-vous donc pas le "vous"? Votre nom et votre personne sont-ils si grands que vous ayez besoin du "Elle" pour en parler ? L'eau est-elle si pure que l'on dit alors qu'elle porte avec elle le germe des maladies des bêtes qui s'y abreuvent ? Le sang de ce mortel est-il si sale ? Quant à ma prétendue chasse, je vous l'affirme il s'agit d'art. Qui êtes vous donc Eshiny pour n'être devenue sage malgré votre âge ? Mes questions sont-elles plus bêtes que les vôtres ? Allons dame, votre verve semble présente, ne vous taisez point. Vos reproches sont sottes. ne le voyez-vous ?

Eshiny plissa les yeux devant l'arrogance de cette immortelle, si elle n'avait que quelques siècles elle l'aurait immolé à sa personne au milieu de cette rivière, mêlant le sang immortel à celui du mortel. Qui sait, les dommages qu'aurait subit les rochers pareils à des cristaux qui sommeillaient au fond du lit de ce court d'eau...Se seraient-ils colorés en un rouge sang ? Ou en un même noir que celui des roches volcaniques ?...
Gardant sa position animale, Eshiny admira les lèvres tachées de sang, s'animant en un sourire, d'Azraëlle. Elles étaient aussi parfaites que les siennes, trop parfaites, ne posédant aucun des défauts que la mortalité offre. "Nous sommes à l'image de Dieu" disent les mortels...Autrement dit, laids. "Nous sommes à l'image du Diable" disant les immortels...Autrement dit, beaux, sans aucun défauts si ce n'est la malédiction sanglante.

- Et vous ? Qui êtes-vous donc pour vivre au dessus des lois ?
Pour bafouer les règles à respecter sur mon territoire ? Car oui, ici je règne. Depuis des années à présent. Et vous, immortelle vagabonde, de quel droit choisissez-vous de règner là où vous passez ? Vous considérez-vous comme le doyen du Monde ? Souverain des endroits que vous visitez ?


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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Lun 9 Avr - 19:49

- Et vous ? Qui êtes-vous donc pour vivre au dessus des lois ?
Pour bafouer les règles à respecter sur mon territoire ? Car oui, ici je règne. Depuis des années à présent. Et vous, immortelle vagabonde, de quel droit choisissez-vous de règner là où vous passez ? Vous considérez-vous comme le doyen du Monde ? Souverain des endroits que vous visitez ?


Narquoise, l'immortelle observa l'infime réaction de l'Autre. Ses yeux, parfaits et sublimes soit dit au passage, se plissèrent. Et Azraëlle lu en eux des interrogations qu'elle même s'était refusé à formuler, quand bien même en pensée. Elle prit le temps de contempler l'Autre. Dans une posture féline, Eshiny reposait sur la berge, souple et légère, bien que toute sa profondeur naquisse de son attitude hautaine et sûre d'elle. "Ridiculement accroché à son pouvoir" jugea Azraëlle. L'interrogation principale qui taraudait l'immortelle à cette heure là n'était autre que l'histoire de l'Autre. Réflexe de conteuse sans doute. Quelle allait être l'histoire qui naitrait des paroles habiles, quel récit lui inspirerait la belle et vieille immortelle?

C'est alors qu'elle se rendit compte que l'eau s'était imprégnée dans sa robe, jusqu'aux manches. Elle se dirigea donc vers la berge, sans plus faire attention à l'immortelle. Elle se pencha avec élégance et ramassa à terre une pèlerine de cuir fin, du daim brun, doux et chaud, doublé d'une fine couche de fourrure. Elle jeta le vêtement sur ses épaules. Pourtant usée, la cape paraissait sublime posée sur les blanches épaules, réchauffant un corps qui n'avait pas besoin de chaleur. Elle s'assit, en tailleur, droite et altière, parfaite dans son amusant rôle de provocatrice. Elle riait beaucoup intérieurement. Une rebelle, voilà ce pour quoi elle passait, une rebelle qui l'était bel et bien depuis quelques siècles. Le temps lui avait imprimé une sorte de résistance implacable. A tout, et surtout à lui-même; or l'immortelle face à elle était bien la marque de ce temps, ce temps qui glissait, bien plus éternel que n'importe quel vampire. Il ne souffrait nul obstacle, aucun frein. Mais sa grande fierté était d'ondoyer avec lui, oh depuis si peu à son échelle, mais depuis trop longtemps pour elle. Son temps, différent de celui des mortels, était long, étiré dans les siècles. Et Azraëlle avait su ne pas s'étioler, elle ne s'était pas perdu dans le long décompte de l'instant qui succédait à l'autre, sans nulle différence. Toute seconde lui était un jour, un jour un mois. Car quand on ne meurt pas, il n'existe plus d'unité. Le vrai nombre, à la source de tout les autres n'est que le temps. Qui se soucierait des mètres s'il ne devait jamais mourir? A la vérité, l'immortelle ne connaissait plus aucune notion des chiffres? Bien que d'une intelligence hors norme, comme ses semblables, elle se voyait incapable de compter les heures qui s'écoulaient. Aussi oublia-t-elle bientôt qu'une réponse se devait de succéder rapidement à la question qui la requerrait. Et il s'écoula plus d'une demie heure entre cette question et la réponse qui tardait.

*Est-ce le temps qui nous a porté l'avanie? Qui nous a doté de la conscience d'être surpuissantes? Qu'avons nous de plus qu'un autre. Je serais tentée de dire que nous sommes plus bêtes, ainsi que plus sages. Mais comme d'une équation, l'un fait s'annuler l'autre, et il ne reste que l'argile du départ. Oh, le temps nous a fort bien modelé à ses caprices... Fort bien. Nous en venons même à oublier que nous ne sommes que les pauvres boulets qu'il se traine depuis des siècles... Ô douce vanité, que n'es-tu vertu, nous serions alors tous parfaits, ainsi que nous plaisons à le dire.... Mais nous ne sommes qu'un fac-simillé de la perfection. Une lettre bien postée mais mal timbrée, qui n'arrivera jamais. Je suppose qu'à force de réflexions telles, nous devrions être les plus modestes des êtres. Mais même la conscience ne nous corrige pas. Nous ne sommes pas parfaits, mais puissants. Seul cela nous illusionne. Puissance et Perfection se valent. Mais que sont-elles différentes.... Alors drôle d'immortelle, qu'est ce qui t'as donné la force de survivre?*


C'est alors qu'elle tourna la tête vers Eshiny, qui était demeurée immobile, comme se rappelant brusquement de sa présence. Sa voix fût plus posée que lors de sa réponse précédente. Mais pas moins moqueuse. Méprisante serait le bon mot. Le timbre était plus grave, plus rauque, la voix profonde de celle qui raconte et entretient le mystère. Les contes, la voix de celle qui dit les histoires. La voix d'Azraëlle.

-Je vais répondre à vos questions, mais vous répondrez ensuite aux miennes. Je suis Azraëlle of Talùn's Dawn. Je suis une vagabonde qui ne reconnait pas d'autre autorité que la sienne, avouez que c'est fort pratique. Vous me demandez qui je suis. Je suis libre. Vos règles m'indiffèrent, elles sont inintéressantes, simples preuves que vous craignez de n'avoir suffisamment d'autorité pour régner, vous craignez que votres règne soit usurpé par votre puissance. Et quelle légitimité peut-il bien avoir si vous ne l'avez depuis toujours? Il se trouvera toujours contesté. Est-il si rare cet acte, pour que je fusse la première à m'y opposer? Dans ma vision tuer n'est point régner. Je ne règne donc pas ici, je passe. Vagabonde, mon nom l'indique je ne suis que de passage... Si je me considère comme le doyen du monde... La doyenne serait plus approprié et non. Le vrai doyen est le temps. Quant à la souveraineté... Je ne suis que ma propre reine. -Etes vous satisfaite Majesté?


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Eshiny
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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Mar 24 Avr - 11:13

Eshiny ne bougeait pas, telle une statue sculptée dans l’ébène de la nuit, son incroyable longévité lui avait fait oublier les gestes superflus pourtant si commun aux mortels. C’était peut-être pour cela que la femme ne paraissait aucunement mortelle ; Lever les yeux au ciel, regarder une feuille tomber, se tourner vers la direction d’où venait un bruit…Tout cela était inutile lorsqu’on avait déjà passé plus d’un millénaire sur le même sol. Si Eshiny avait été plus naturelle…Si seulement elle n’aurait pas eu des positions si majestueuse qui n’allaient pas sans rappeler les rois de la savane aux crinières rousses, des gestes si gracieux et qui paraissaient si longs, des traits pareils aux statues de marbres de l’époque de laquelle elle avait connu sa première existence...Elle aurait pu prétendre à être une femme du XXème siècle. Elle aurait pu regarder un homme sans que celui-ci ne soit automatiquement attiré par elle, elle aurait pu vivre des dizaines d’existence en prétendant être une mortelle.
Quoique, mortelle, oui, elle l’était. Mais dans le même sens que le poison. Une beauté empoisonneuse…Empoisonneuse de tous les lunatiques. « Maudite chère enfant gâtée… ».

Elle regarda cette ancienne sortir de la rivière pour se parer d’une cape en peau d’animal et s’asseoir les jambes croisées en face d’elle, de façon offensive. Qu’elle était belle ! Autant qu’Eshiny. Elle songea alors que ce devait être à ça qu’elle ressemblait aux yeux des autres ; non pas au niveau de ses traits, non, mais de sa perfection. Aucune marque du temps. Aucun défaut. Cette nymphe du temps n’avait pas un plis disgracieux sur son visage opalescent dans l'obscurité, ni même rien de disgracieux. Elle était pareille à la vision des divinités romaines qu’Eshiny avait en tête alors qu’elle s’appelait Ambre et que sa peau pouvait encore avoir une quelconque concordance avec son nom.
Si elle ne retenait pas, elle aurait sauté à son coup tel un jeune immortel ému devant tant de beauté, elle lui aurait posé mille et une question, plongeant ses yeux dans les siens qui avaient vu tant de siècles. Elle aurait coiffé ses cheveux de jais et introduit des fleurs blanches comme pour une jeune mariée. Elle l’aurait aussi embrassée, cette beauté intemporelle, et sa peau si belle, ces cheveux à l’apparence si soyeuse et ses mains qui avaient frôlé tant de corps…Mais elle se retenait. Eshiny se tenait immobile, impassible. Elle attendait une réponse de cette Azraëlle et elle était patiente, restant digne, majestueuse. Seul le battement régulier de ses cils indiquait qu’elle n’était pas qu’une ombre trompeuse au milieu des arbres noirs. Elle se devait de rester méprisante avec l’autre immortelle, elle se devait de paraître forte, puissante, de ne pas lui faire croire qu’elle mourrait d’envie de la connaître.

*Et si tu partais de Transylvanie après cette rencontre, tu peux être sûre ô fille de Chronos que je te poursuivrais jusqu’à ce que tu m’aies dit tout ce que ton esprit millénaire savait.
Je te poursuivrais jusqu’à ce continent de pèlerins ou cette grande île aux créatures incongrues. J’abandonnerais tout ce que j’ai pour te poursuivre, te connaître, savoir pourquoi tu as, comme moi, résisté à la pression des siècles, à l’attrait de la mort.
Et une fois que je t’aurais retrouvée, et forcée à livrer ton savoir, seulement après, je te tuerais. Le combat sera rude, mais je te tuerais.
Ta beauté reviendra enfin à la terre qui l’attend depuis des siècles, ton âme rejoindra les méandres de l’enfer, et je ne serais plus émerveillée devant toi tel un paysan devant une marquise.*


Eshiny éprouvait bel et bien deux sentiments contradictoires à l’égard d’Azraëlle ; une fascination sans limite et une haine équivalente. Son désir de la voir disparaître égalait celui de se faire aimer d’elle. Mis à part quelques esprits fugueurs, Eshiny n’avait jamais parler à une immortelle de son âge, ceux-ci s’étaient toujours tenu à distance d’elle, respectant son domaine dont ils avaient été informé par les chuchotements hautement perceptibles des jeunes enfants du Diable.
Mais pas elle…Cette force de la nature se dressait droitement devant elle prête à rire des siècles qu’Eshiny s’était efforcée d’affronter, de la petite famille qu’elle avait fondée et qui était sa seule raison de continuer à avancer, de ces êtres fous à demi-sauvage dont elle s’assurait la mort prochaine pour maintenir un équilibre chez les vampire Transylvain et limiter les superstitions naissantes aux villages environnants. Et qu’attendait-elle pour répondre ? Elle savait ce qu’elle allait dire, ça Eshiny en était certaine, mais pourquoi le gardait-elle aussi longtemps ?...


- Je vais répondre à vos questions, mais vous répondrez ensuite aux miennes. Je suis Azraëlle of Talùn's Dawn.

Eshiny s’étonna qu’elle arbore son nom, elle-même n’y prêtait plus attention et ne s’en souvenait que lorsqu’elle le cherchait dans les méandres de son esprit. A ce moment même celui-ci ne lui revenait pas…C’était un nom latin, certes. Cela faisait si longtemps qu’elle ne l’avait pas dit, de même pour son premier prénom. Elle les avait seulement révélés lors d’une interrogation d’Elizabeth, mais avait éludé la question à ce sujet de Lazare.

- Je suis une vagabonde qui ne reconnaît pas d'autre autorité que la sienne, avouez que c'est fort pratique. Vous me demandez qui je suis. Je suis libre. Vos règles m'indiffèrent, elles sont inintéressantes, simples preuves que vous craignez de n'avoir suffisamment d'autorité pour régner, vous craignez que votre règne soit usurpé par votre puissance. Et quelle légitimité peut-il bien avoir si vous ne l'avez depuis toujours ? Il se trouvera toujours contesté. Est-il si rare cet acte, pour que je fusse la première à m'y opposer ? Dans ma vision tuer n'est point régner. Je ne règne donc pas ici, je passe. Vagabonde, mon nom l'indique je ne suis que de passage... Si je me considère comme le doyen du monde... La doyenne serait plus appropriée et non. Le vrai doyen est le temps. Quant à la souveraineté... Je ne suis que ma propre reine. -Etes vous satisfaite Majesté ?

Eshiny resta perplexe devant cette réponse et ne bougea toujours pas. Quel but y aurait-il à ça ? Lui faire signe qu’elle avait entendu ces paroles alors qu’Azraëlle se trouvait seulement à un mètre d’elle ? Ceci était complètement inutile et de ce fait, Eshiny ne cilla pas. Elle ne cilla d’ailleurs pas durant quelques minutes, méditant à ces paroles. De toute façon, elle avait du temps devant elle…Tant de temps ! Tellement qu’elle ne savait plus si elle en perdait beaucoup et si, parfois, par un heureux hasard, elle en gagnait. Tout ceci n’importait qu’à ces jeunes immortels n’ayant encore traversé que deux ou trois siècles et voulant parfois jouer à l’humain.

- Mon règne, comme vous le qualifiez, ne sert qu’à maintenir un certain équilibre au travers des Carpates. Je supprime ces animaux sans âme et sans repères au profit d’autres immortels et même de mortels qui vivront leur pauvre existence plus longtemps. Et si celui-ci est contesté, je le défendrais, lui, et tout ce qu’il implique, à commencer par mes enfants.
Vôtre tirade m’indique que vous n’êtes qu’une errante obéissant à ses règles, telle une enfant de la forêt inculte de lois.
Je doute que vous surviviez encore longtemps en menant cette existence, mais peut-être que vous me prouverez le contraire et, en cas, nous nous retrouverons dans un autre pays, une autre époque…Peut-être réellement les doyennes du Monde ce jour-là.
Oui, sa Majesté est satisfaite. Posez donc vos questions, immortelle.



« Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques. »


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"Triste Lune dont le reflet est accessible de tous. Toi Lune grise, tu règne sur ceux-là qui ne voient plus que toi...
Nous ne rêvons plus de rien."



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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Dim 6 Mai - 12:51

L'élégance féline d'Azraëlle la faisait passer pour une sauvageonne face au raffinement fin de son vis à vis. De son vivant elle avait toujours été considéré comme brunaude, grande et trop maigre. Sans formes. Les côtes saillantes et les pommettes violettes. La peau trop pâle, comme celle des dames de cours que méprisaient tant les gens de son village. Des mains fines et grandes. Ce qui lui était reproché de son vivant avait été sublimé par son éternité. Sa peau était devenue de marbre, son corps s'était sculpté, fin et nerveux. Elle était devenue féline et sauvage; triste et mélancholique aussi, un peu. la supériorité qu'elle affichait était celle de l'enfant misère qui s'était magnifié avec le temps. Elle avait grandi, beaucoup réfléchi, atteint le stade peu commun de l'immortelle âgée. Agée mais encore gamine au fond. Et ses yeux de malice étaient bourrés lorsqu'elle trouvait à qui faire rire. Cette flamme qui ne s'était pas éteinte en ses yeux... Eux, ourlés de velours brun, par des cils fins et graciles, à son image. Elle, sa pèlerine de daim, sa robe trempée, de soie fauve. Elle pieds nus sur l'humus de la forêt, elle, sage et folle. A quoi pouvait-elle ressembler face au marbre et à la hauteur de son face à face. Quelle être était-elle donc aux yeux de l'éternelle grande Dame qui l'observait. Elle semblait fragile, peut-être perdue. Elle au regard si calme, que les mots avaient le pouvoir d'embraser. Elle, dont la curiosité se faisait monstre face à une histoire qu'elle ignorait. Elle si Azraëlle encore, qu'on aurait pu la croire humaine si n'était sa pâleur. Elle était ce qu'elle était restée: une vagabonde. Pauvre de tout, d'amis, de pouvoir; de parents. Riche seulement d'une éternité qui pesait depuis si longtemps sur ces épaules. Oui on en revenait toujours à cela avec Az'. L'éternité. La grande et l'absolue question. Qu'elle ne se posa pas à cet instant. Jouant négligemment avec ses boucles brunes elle gardait son regard plongé dans celui d'Eshiny. A part la curiosité, ses sentiments restaient diffus. Ils l'imprégnaient mais étaient trop à se bousculer pour qu'elles puissent leur accorder une parcelle d'intégrité. Haine. Tristesse. Fatigue. Mais elle les ignorait. Seule demandait à être tarie son inébranlable soif de savoir. Ce qu'elle pêchait depuis le début, les plus gros poissons de l'intelligence et de la connaissance. De Voltaire aux Soeurs Brontë, jusqu'aux Sages de Chine, l'immortelle poursuivait par amour les connaissances; des plus secrètes aux plus répandues. Elle adressa un sourire carnivore à la reine de Transylvanie. Radieux et mortel.

Elle regarda Eschiny longtemps. Et vint à se sentir fière de l'absolue supériorité qu'elle tenait en main. Sa liberté, et cet amour, que dis-je, cette fascination morbide pour l'éternité qui l'avait étreinte de sa chape de tulle et de plomb. Nombreux ceux qui la subissait. Comme sur un cheval, il y a ceux qui sont sur lui et ceux qui sont dans lui. La véritable monte étant de l'épouser au point que notre corps lui soit comme extension du sien. Que la réciproque soit égale. C'est là la grande beauté du fait. Mais cela, peu en était capable. Et les vampires ne faisaient que subir un joug qui, s'il les servait bien, faisait d'eux de si grands fous qu'ils en venaient à mourir... Là, au milieu de cette forêt, l'immortelle ouvrait les yeux sur la redoutable vérité. Peut-être était-ce pour cette raison qu'elle avait toujours fuit ses semblables, d'âge du moins. Car c'était cela qui connaissait la morbide poigne de l'éternité. C'était bien ceux-là qui cherchait des accroches pour tenter de résister à la vague. Elle avait plutôt laissé le liquide amer la porter. Sans trop s'y tremper. Juste assez pour se faire faire pousser. Juste assez peu pour ne pas être engloutie. Chacun sa survie pensa-t-elle en fixant Eshiny. Elle au moins ne connaissait pas la terrible solitude des jours sanglants. Elle senti alors la rage l'imprégner. Effaçant un peu la curiosité. Une haine sans fond pour Eshiny et pour les autres. Ceux qui n'était pas seuls, seuls avec leur esprit devenu fou avec le temps. Ceux qui avait eu l'intelligence de s'entourer d'autres voix pour ne plus entendre celle de l'éternelle folie, de l'éternelle intelligence qui dardait ses piques dès que les questions naissait. Et la voix du sang ne faisait que l'assourdir le temps d'un repas. De la naissait la terrible cruauté esthétique et démentielle d'Azraëlle.

*Et tes semblables, ils ont l'air plus humains mais ils t'obéissent. Ils te respectent et te craignent. Pourtant ils n'en n'ont aucune raison. Leur seul destin est la mort par la folie. Ils le savent. Mais se peut-il que la ventouse qui t'attache à eux les attache à toi? Se peut-il que d'aucuns respectent celle qu'ils craignent? Tes semblables je les voudrais miens. Je te tromperais créature haïe. Je resterais longtemps encore, j'hanterais ta forêt jusqu'à ce que tes enfants deviennent moi. Telle est ma hauteur et mon avanie, belle Eshiny. Tu me haïras. Tu voudras me tuer. J'en fais le serment; Dieu, diable, que je désire ceux qui sont nés de ton sang. Ceux qui boivent tes paroles plus que le sang humain. Je crois que l'amour ne te sois fatal... Les aimes-tu? T'y es-tu attachée? De cet amour pour les faibles je t'enlèverais. Et peut-être cesseras-tu de t'avilir à côtoyer ces immortels mortels. Quelle puissance gâchée en objet de crainte. Quand tu peux devenir la crainte même. Il me répugne que ta puissance soit gâchée en tristes règnes. Cesse de régner, instaure ta tyrannie. Et l'éternité te deviendras meilleure par le mal. Le mal, le mauvais, est le vrai moyen. Puisse-tu m'entendre sombre éternelle.*


Droite et fière. Mais le regard d'Azraëlle s'était perdu dans des spires lointaines. Rêveuse. Elle songeait déjà à une histoire sanglante, triste et malheureuse qui se terminerait par invariablement la mort de l'une d'elle. Elle n'envisageait aucun autre échappatoire.
Fataliste? Elle l'était. Comme toujours. D'ailleurs c'était sans doute cela qui l'avait toujours éloignée de l'acte de création. Créer un autre, c'était renoncer à tuer le mortel. Cela elle ne le concevait pas. La mort inutile était la seule forme d'art humain qu'elle acceptait. Si cela se soldait pas autre chose, elle se frustrait. Alors les porteurs de légendes qu'elle créait était la seule dérogation à cette morale. Il fallait des survivants pour faire régner un mythe. Elle se les offrait avec dédain et mépris pour elle même.

- Mon règne, comme vous le qualifiez, ne sert qu’à maintenir un certain équilibre au travers des Carpates. Je supprime ces animaux sans âme et sans repères au profit d’autres immortels et même de mortels qui vivront leur pauvre existence plus longtemps. Et si celui-ci est contesté, je le défendrais, lui, et tout ce qu’il implique, à commencer par mes enfants.
Vôtre tirade m’indique que vous n’êtes qu’une errante obéissant à ses règles, telle une enfant de la forêt inculte de lois.
Je doute que vous surviviez encore longtemps en menant cette existence, mais peut-être que vous me prouverez le contraire et, en cas, nous nous retrouverons dans un autre pays, une autre époque…Peut-être réellement les doyennes du Monde ce jour-là.
Oui, sa Majesté est satisfaite. Posez donc vos questions, immortelle.


A ces mots, Azraëlle se leva. Elle s'étira, ancien réflexe d'une humanité perdue. Puis d'un pas élastique elle se rapprocha d'Eshiny. C'est en la contournant pour se retrouver dans son dos qu'elle se mit à parler. Sa voix s'était faite de feutre. Un murmure parfait, destiné et reçu par une personne une seule. Ces lèvres étaient si près de l'oreille, sculpturale et parfaite, s'il est besoin de le préciser, de l'Autre qu'elle devait sans doute sentir les vibrations de l'air sur son lobe blanc.

-Docile et aimante mère, qui es-tu pour devenir si faible? Quel équilibre prônes-tu? crois-tu que le diable était si équlibré pour donner naissance à des êtres comme nous? Le sang est notre équilibre. Vous avez perdu le chemin... Vivez-vous dans le jeun de la mort alimentaire pour vous vautrer dans la mort moquerie?
Le dernier enfant de la forêt inculte des lois fût nommé hors-la-loi et vous étiez déjà de ce monde lorsque le Coeur de Lion lui dû un bout de sa couronne. Mythe ou non, il semblerait que vous m'y compariez. Suis-je donc si légendaire? Quant à mon avis sur les lois.... Sachez qu'à mes yeux si je suis Hors-la-loi je suis Dans-la-liberté.
Peut être ne suis-je pas encore assez vieille pour prouver que je puis survivre. En ce cas, je m'incline. Il est vrai que peut être que la prochaine fois que vos me croiserez vous vous convaincrez que mon existence est bien plus durable que la vôtre car rien ne peut s'y écrouler. Peut-être même vous tuerais-je pour vous le montrer.
Mes questions sont simples. Pourquoi t'accrocher à ton règne? Pourquoi t'attacher à tes choses? Elles te sont acquises ces petites bêtes sanglantes. Ton n'amour n'y fera rien. Pourquoi choisir cette stagnation ridicule, qui ne t'apprends rien, alors que tu pourrais courir le savoir. T'emplir de la magie des connaissances? Pourquoi choisir cette existence humaine quand tu es une immortelle.
Et je le redis car tu m'as mal comprise: Le temps seul restera. Plus après que toi et moi. Accroche toi Eshiny, nous crèveront un jour d'avoir cru pouvoir le tromper....


Sa tirade s'acheva dans un souffle et elle se redressa. Resta debout. Contemplant la nuque de l'Autre.





Je te tuerai Invité.

Merci.


Dernière édition par Azraëlle le Jeu 17 Mai - 20:00, édité 1 fois
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Eshiny
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« Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité... »


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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Mar 8 Mai - 7:39

Alors que les dernières intonations des paroles d’Eshiny s’évanouissaient sur ses lèvres aux couleurs rubis, Azraëlle bougea ce qui eut pour effet de surprendre quelques peu Eshiny. Elle qui pouvait rester toute une nuit dans la même position et même des jours durant si les rayons meurtriers de l’astre solaire ne venaient pas pour l’en dissuader. De plus, la soudaineté du lever de cette immortelle ne la rassura pas, certes, elle savait leur force égales mais la surprise était toujours la meilleure des attaques, c’était indéniable…De nombreuses civilisations l’avaient comprise et ainsi utilisée, la plupart du temps à la guerre. La guerre, c’était d’ailleurs une des choses auxquelles Eshiny s’intéressait grandement : qu’elles se soient passées sous ses yeux ou juste qu’elles aient été un combat de l’esclave contre le maître. Elle se souvenait et affectionnait particulièrement une coutume égyptienne qui visait à couper les mains des ennemis mots au combat afin de compter combien ceux-ci été…C’était aussi un peu sa signature : Chacun des cadavres qu’elle avait enlacé de son vivant et retiré soigneusement le souffle de vie était dépecé de ses mains. Qu’elles soient celles larges d’un paysan, potelées d’un enfant, douces d’une amante ou encore maigre d’une servante ; toutes devaient quitter le corps du mort. Pour ensuite être brûlées. Eshiny ne savait pas ce qu’elle craignait pour ainsi couper ces mains…Peut-être que si le mort n’était pas mort ou qu’un vampire souhaitait le sauver il n’aurait guère pu en être puisque sans mains l’homme n’a pas lieu d’être. Les mains sont son outil principal et le plus précieux, outre sa fragilité. Qu’elle belle création Dieu avait fait là ! La création de l’homme était le seul mérite qu’Eshiny attribuait au Créateur, elle estimait qu’ensuite il avait délaissé ses créations comme on se lasse d’un jouet après avoir trop joué avec, comme on se lasse de la vie lorsque aucun évènement ne vient la moduler.

*Ô cher père vaniteux, tu aurais du prendre garde à Satan, car si toi tu t’es lassé de tes enfants, lui y a trouvé son compte et s’amuse à défier les lois que tu as gravé dans la pierre de Moïse et à remplir le Monde de sa perversité.
Les lumières françaises ont éclairé le Monde et posé des questions à ton propos. Tes enfants commencent à ne plus croire. Et si seulement tu t’en souciais un peu, tu pourrais les ramener sur le beau sentier des personnages pieux et respectables.
Sans berger tes moutons s’éloignent ô mon Dieu. Et ton agneau perd de sa pureté.*


L’Immortelle regardait au loin, fixant un point imaginaire tandis qu’elle adressait au Créateur un message muet. Elle reporta néanmoins son attention sur sa rivale en qui elle n’avait aucune confiance. Il n’y avait pas de loyauté chez les enfants du Diable, certes il était interdit de tuer un de ses frères, mais qui respectait cette loi ? Les plus jeunes incapables de s’attaquer aux titans millénaires, sans aucun doute. Mais les titans eux-mêmes ne respectaient pas ça. Ils tuaient les jeunes et les trop faibles. Comme dans un troupeau de bêtes, ils étaient les plus vulnérables et les premiers à être abattus par les prédateurs. Pauvres bêtes. Qu’il était triste d’être faible…De n’avoir aucun pouvoir, aucune puissance ; ni influence.
Qu’il était loin le temps où Eshiny n’était rien dans la hiérarchie romaine, juste une toge blanche de plus à travers les rues de Rome. Elle se demandait si parfois elle n’avait pas juste rêvé de cette existence sous le soleil, de cette peau dorée par les escapades en ville. Si elle n’avait pas toujours été un esprit immortel rêvant de savoir ce que c’était de vivre comme un homme, comme une femme, comme un simple enfant de Dieu. Peut-être n’avait-elle jamais vraiment vu le soleil que sur les peintures des églises représentant le Père par cet halo de lumière représentant la vie qu’il avait crée et préservait. Si ce Dieu était le Soleil, qui était la Lune ? La mère de ces immortels si propres à Eshiny était-elle la représentation du Diable ? En ce cas il était bien beau tout de blanc vêtu avec ses halos phosphorescents et sa lumière douce…
Le temps passait et Eshiny n’en savait toujours pas plus au sujet de Dieu et du Diable. Elle avait beau avoir lu la Bible, vu les chrétiens mourir entre les crocs d’un lion ou brûlés comme de vulgaires morceaux de chair, entendu la parole d’un nouveau prophète en Arabie, observé les guerres saintes et croisades pour imposer le culte unique, mais elle ne savait toujours pas. Elle n’avait pas tout compris, il lui manquait la chose qui lui ferait tout comprendre, des premiers hommes aux représentations de Satan. La formule latine qui résumerait tout, du début jusqu’à la fin, du commencement jusqu’à l’achèvement, de l’aube jusqu’au crépuscule, de l’Alpha jusqu’à l’Oméga.

Eshiny sentit la présence d’Azraëlle derrière elle mais ne bougea pas pour autant, elle resta stoïque de part sa posture que par son attitude. Certes, elle se méfiait comme elle se méfiait de chaque nouvel immortel inconnu mais ne le laissait pas voir, juste reposer au fond d’elle pour ensuite mieux réagir. Elle perçut sa légère respiration juste derrière sa tête et son oreille, sans aucun doute, elle avait pour idée de lui confier ses paroles suivantes au creux de son oreille, comme on confierait un secret, dans un murmure qui n’est censé être entendu que par la principale intéressée. Dans le cas présent, Eshiny. Si celle-ci était encore mortelle, ou juste une assez jeune morte, elle aurait tremblé en prévision de ces paroles, de ces quelques mots, tremblé d’appréhension. Mais justement, elle n’était pas mortelle, et elle était vieille, alors elle ne tremblait pas. Elle restait impassible en attendant d’entendre la voix suave d’Azraëlle, cette voix éternelle qui avait murmuré à tant d’oreille appartenant à présent à des corps pourrissants.


-Docile et aimante mère, qui es-tu pour devenir si faible? Quel équilibre prônes-tu? crois-tu que le diable était si équilibré pour donner naissance à des êtres comme nous? Le sang est notre équilibre. Vous avez perdu le chemin... Vivez-vous dans le jeun de la mort alimentaire pour vous vautrer dans la mort moquerie?
Le dernier enfant de la forêt inculte des lois fût nommé hors-la-loi et vous étiez déjà de ce monde lorsque le Coeur de Lion lui dû un bout de sa couronne. Mythe ou non, il semblerait que vous m'y compariez. Suis-je donc si légendaire? Quant à mon avis sur les lois.... Sachez qu'à mes yeux si je suis Hors-la-loi je suis Dans-la-liberté.
Peut être ne suis-je pas encore assez vieille pour prouver que je puis survivre. En ce cas, je m'incline. Il est vrai que peut être que la prochaine fois que vos me croiserez vous vous convaincrez que mon existence est bien plus durable que la vôtre car rien ne peut s'y écrouler. Peut-être même vous tuerais-je pour vous le montrer.
Mes questions sont simples. Pourquoi t'accrocher à ton règne? Pourquoi t'attacher à tes choses? Elles te sont acquises ces petites bêtes sanglantes. Ton n'amour n'y fera rien. Pourquoi choisir cette stagnation ridicule, qui ne t’apprend rien, alors que tu pourrais courir le savoir. T'emplir de la magie des connaissances? Pourquoi choisir cette existence humaine quand tu es une immortelle.
Et je le redis car tu m'as mal comprise: Le temps seul restera. Plus après que toi et moi. Accroche toi Eshiny, nous crèverons un jour d'avoir cru pouvoir le tromper....

La Tranylvane jadis Romaine se retourna brusquement comme seul un enfant du temps peut le faire, pour faire face à celle qui venait de prononcer les dernières paroles que le vent avait entendu. Leurs visages étaient alors si proches, si dangereusement proches. Comme le chien de garde se retrouvant face au loup traqué depuis tant de temps. Si Eshiny aurait pu grogner comme un chien montrant ses crocs, le dos gros, elle l’aurait fait, comme pour prouver à son adversaire qu’elle ne la craignait nullement, elle et ses paroles. Elle et ses vérités troublantes et dérangeantes. Elle et sa liberté méprisante et méprisable. D’où venaient-elles pour ainsi remettre en cause l’être même d’Eshiny ? Elle avait toujours eu au fond d’elle l’âme d’un dirigeant, la poigne d’un Empereur, le regard d’un guerrier.
Inclinant la tête sur le côté, elle s’enivra de l’odeur des cheveux d’Azraëlle, une odeur de pluie et d’eau. L’odeur même régnant avant un orage, cette odeur de terre et de pluie, l’odeur de la seule combinaison du Ciel et de la Terre.


- Tout ceci s’effondrera un jour. Comme l’Empire romain l’a fait, comme l’Empire grec, comme l’Empire Perse, comme ces civilisations avant moi dont je n’ai connu ni l’apogée ni la chute. Tout ceci s’effondrera et les mortels se demanderont à qui appartenait cette grande demeure qui sera envahie par le lierre et les ronces, quels sont ces instruments rouillés qui jonchent le sol des caves, quel genre de monstre régnait ou y règne encore sous forme de spectre. Ils auront peur sans savoir, car oui l’ignorance est la raison principale de la peur. Et puis leurs enfants oublieront pourquoi leurs pères avaient peur et ne se demanderont plus à qui était cette grande demeure et quel règne dépravé y avait été imposé. Ainsi une deuxième croyance mourra.
Toutes les croyances mourront aussi. Comme les religions. Un nouveau Dieu naîtra, ou Dieu aura seulement un nouveau nom. Le Diable ne sera plus ce qu’il est, mais ses enfants seront toujours. Oui, tout ceci s’effondrera un jour, mais pas moi. Mais pas nous.
Je reste ici tant que je le peux. Je vis oui, une vie de mortelle, fais croire que je suis une noble lasse de son mari à mes courtisans et fais croire que mon verre est rempli de vin.
Lorsque je saurais que le temps est venu, je partirais, comme je l’ai toujours fait lors des siècles qui m’ont précédés. Et je recommencerais une nouvelle vie…Mais seulement à ce moment là. Pas avant, pas maintenant.
Je ne trompe pas le temps, je le suis. Je suis une de ses esclaves qui pour en avoir encore se plie à ses foucades
.


« Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques. »
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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Jeu 17 Mai - 19:57

Eshiny à ces mots se retourna, leurs visages se firent face. Si proche l'une de l'autre, qu'elles auraient pu se saisir à la gorge sans esquisser de mouvement autre que celui d'une tête se penchant pour cueillir entre ses lèvres la peau d'un autre. Rien de plus. Mais elles ne bougèrent pas. Ni l'une ni l'autre ne brisa le face à face. Sans l'altérer, l'immortelle prist la parole. Azraëlle resta figée. Toute pareille à la statue qu'elle savait être.
Toutes pareilles aux deux vampires qu'elles étaient. Exactes à la seconde d'avant. Parfaites de stoïcisme. Ridicules de perfection, contre le vent froid de la Transylvanie. Elles étaient ignorantes des lois de toute Nature. Etrangères aux plus simples règles.


- Tout ceci s’effondrera un jour. Comme l’Empire romain l’a fait, comme l’Empire grec, comme l’Empire Perse, comme ces civilisations avant moi dont je n’ai connu ni l’apogée ni la chute. Tout ceci s’effondrera et les mortels se demanderont à qui appartenait cette grande demeure qui sera envahie par le lierre et les ronces, quels sont ces instruments rouillés qui jonchent le sol des caves, quel genre de monstre régnait ou y règne encore sous forme de spectre. Ils auront peur sans savoir, car oui l’ignorance est la raison principale de la peur. Et puis leurs enfants oublieront pourquoi leurs pères avaient peur et ne se demanderont plus à qui était cette grande demeure et quel règne dépravé y avait été imposé. Ainsi une deuxième croyance mourra.
Toutes les croyances mourront aussi. Comme les religions. Un nouveau Dieu naîtra, ou Dieu aura seulement un nouveau nom. Le Diable ne sera plus ce qu’il est, mais ses enfants seront toujours. Oui, tout ceci s’effondrera un jour, mais pas moi. Mais pas nous.
Je reste ici tant que je le peux. Je vis oui, une vie de mortelle, fais croire que je suis une noble lasse de son mari à mes courtisans et fais croire que mon verre est rempli de vin.
Lorsque je saurais que le temps est venu, je partirais, comme je l’ai toujours fait lors des siècles qui m’ont précédés. Et je recommencerais une nouvelle vie…Mais seulement à ce moment là. Pas avant, pas maintenant.
Je ne trompe pas le temps, je le suis. Je suis une de ses esclaves qui pour en avoir encore se plie à ses foucades.


Se relevant avec la grâce souple et élastique du carnivore sur les traces du faon fragile dans lequel il croquera bientôt, Azraëlle secoua sa tête brune. Léguant aux particules de l'air un vent odorant, une odeur d'iode mêlée à l'humus. Une odeur dont elle ne se détachait pas. L'odeur qui lui était née, de ce que nombreux auraient nommé errance mais qu'elle se plaisait à appeler voyage. Ses cheveux ondulèrent quelques fractions de seconde avant qu'elle ne les piège, dans la cage de chair pâle de ses doigts, dans la soie du grain de sa main fine. Mains qui auraient dû, contre toute vraisemblance, être rugueuses, abimées et calleuse, du fait des années de voyage où tout naissait des mains de leur propriétaire. Mais ce n'était pas le cas, et elle pourrait toujours se faire passer pour princesse, car rien ne semblait vieilli, ni même usagé, sur son corps trop parfait. Ses mains donc, tressèrent vaguement une natte floue sur son épaule. Puis cheveux retenus, reposant sur son épaule de marbre, elle s'éloigna de quelque mètres. Et contempla Eshiny. Sans frémir elle avait laissé le son se répandre jusqu'à son oreille. Elle avait écouté, mieux, entendu. Et un sourire germa sur les lèvres de l'immortelle.
Lorsque sa bouche s'ouvrit, presque par hasard aurait-on pu croire, presque inconsciemment aurait-on pu dire, il s'en échappa des mots qui n'étaient pas d'elle mais qui émanaient tout de même de son âme. L'amer liquide de ses paroles glissa en une brume de ses lèvres entrouvertes, couleur carmin, couleur de sang, couleur de mort. Ainsi le loup mourut.

-Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.


Elle se retourna tout en parlant pour faire face à la rivière où gisait le corps sans vie de l'humain. L'eau, complice terrible, tentait en vain d'emporter avec elle la trace du meurtre. Ce que l'on ne saurait jamais était la question:
L'eau porte-t-elle le corps vers là où personne ne pourra jamais découvrir l'identité de son bourreau, où charrie-t-elle le cadavre vers des témoins avides de nouveaux éclats?
Pour l'heure elle se contentait de balloter les pieds blancs du mortel. Une boule obstruait lentement la gorge de l'immortelle. Une boule comme jamais il n'en avait existé. Son corps rompu à des années de survie sans but releva soudain l'ampleur de ce qu'il portait. La lourdeur du temps sur les épaules toujours droites. Il prit conscience de sa triste tâche de laquelle il ne pouvait prendre congé. Le coeur d'Azraëlle se rebella face à la faiblesse de son corps. Non il ne se pouvait pas sombrer maintenant; non, rien ne devait l'emporter. Toutes ces années de contrôle avaient essayé un nouveau jeu en l'âme d'Azraëlle. Elle avait troqué son égocentrisme contre une fatalité bornée. Convaincant les autres du temps, de la mort inévitable. Tombant les immortels, rendant fous, des vieux. l'exercice de sa verve n'avait épargné aucun des éternels croisé. Ils étaient rares, mais n'étaient plus. Elle les rendait fous, mais n'était pas folle. Et se convaincant de sa furieuse folie, de sa folle envie d'être Grande. Alors oui, tant de mots pour tuer, ne la tuaient pas. Elle savait son jeu. La boule le savait, sa gorge se bouchait de tant de mensonges. Des doutes naissaient de la passion tranquille d'Eshiny. Elle qui allait avec le temps, quoiqu'en dise Azraëlle. Une qui de son âge faisait fi. Et vivait.
La remise en cause aurait pu la tuer. Elle aurait du suplier une mise à mort. Une fin enfin. Une conclusion. Mais elle était encore trop sûre. On ne parapherait pas un testament ridicule des initiales A.T.D.
Elle ignora ce qui grandissait en elle. Son corps ne flancherait pas. Elle ne le permettrait pas. Elle aimait trop ses convictions pour accepter de les laisser réduire. Peut être fut-ce pour cela que l'ironie céda le pas au mépris. Mais qui la regardait, aurait dit passion.

*Quelle est l'ironique sagesse auquel les ancêtres se peuvent prétendre?*


Elle se rapprocha du cadavre de l'humain. Son corps sublime s'arqua sur le corps jeune du mortel. Eshiny cessa d'exister. Et sans délicatesse ses canines d'ivoire parfait plongèrent dans la chair. Elle se repu du sang chaud, encore. La pureté de ses yeux de verts étaient salie par le profond vice qui les animait. De sang sa bouche fut recouverte. Et lorsqu'elle recroisa le regard de l'autre, elle se contenta d'étirer ses lèvres, badigeonnées d'écarlate. Ses dents rougies brillaient sous la lune. Etrange lune qui observait leur échange. Bizarre être, contemplant deux dont la perfection était égale à celle de nacre qui voilait la nuit. Le souffle d'Azraëlle se confondit avec la brume qui émanait du cours d'eau. sa poitrine fine se souleva pour une dernière inspiration. Puis elle parla.

-Ta sagesse est-elle de construire pour attendre la destruction? D'attendre que ton nom change pour te faire reconnaitre à nouveau? Tu te soumet à l'oubli. Quelle bêtise, immortelle...
Ces croyances ne sont que des noms. Les hommes nomment ce qu'ils ne contrôlent pas. les croyances ne meurent jamais. Puisqu'ils trouveront toujours à les nommer. Et si le diable disparait, si dieu n'est plus, ce ne sera alors que la fin des hommes: ils auront perdu la parole. Le jour on nous n'aurons plus la parole nous disparaitrons. Sans noms rien n'existe plus. Il n'y a plus d'images.
Et ne compte de ce fait, plus sur l'ignorance. Car la peur nait, seulement, du désir. L'unique désir offre la crainte. En quoi? Comment? Réfléchis à ce que tu crains. Tu y verras le désir.
Aussi le temps nous a fait craints des mortels, notre perfection est envisageable, notre existence se peut. Ils conçoivent tout cela. Nous avons des noms. Ne crois pas en un Diable, ou en un Dieu. A l'instar de nous, les mortels les conçoivent. Nous sommes les dieux et les diables, et ces derniers sont nous. Nous sommes tout ce qu'ils ont pu créer. Les croyances mortelles n'ont pas de valeur.
Tu existe, ils t'envisagent Eshiny. Reine de Transylvanie. Ils ne t'ignorent pas. Pourtant te craignent.
Et notre seul atout, c'est la longévité. Nous ne craignons que ce que nous connaissons.
Tout disparaitra et l'on t'envisagera ailleurs. Tu seras toujours "personne". Puisqu'ici même ton règne te fais exister. Disparais, tendre immortelle, vas-t-en puis reviens. Toute ta légitimité sera là.
Accessible femme hautaine. Tu deviendrais mythique en partant.
Tu n'es aujourd'hui qu'une image.
Que puis-je te dire de plus, douce, voilà la plus grande certitude que j'ai acquise.


Elle se tut et lécha ses babines ensanglantées. Son sourire était dédaigneux mais contredit par les paroles qui s'étaient échappées de ses lèvres. Il y avait dans les mots une certaine beauté. Au travers de tout ça elle parvenait à illustrer le doute. Cette fragilité solide. Et l'alchimie des siècles n'y faisait rien. On ne faiblissait pas.



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« Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité... »


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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Sam 26 Mai - 17:54

Azraëlle s'éloigna une fois de plus, sans aucun doute pour mieux revenir par la suite. Depuis le début de leur échange entre doyennes des siècles, elles s'étaient éloignées pour ensuite se rapprocher au maximum. Parade défenssive, danse macabre. Telles deux mâles d'une espèce féroce essayant par des parades nuptiales de séduire la femelle convoîtée. Mais qui était la femelle en ce cas ? La nuit ? La vie ? Ou juste le pouvoir de se prétendre le plus fort et le plus puissant.
Eshiny aurait tant voulu que la Lune -qui était si belle en cette nuit- lui dise qui était la plus puissante. Qui survivrai encore des siècles durant. Même si elle devait apprendre que ce n'était pas elle, elle voulait savoir. Car même si elle avait surpassé le temps présent et le temps passé, elle n'avait pas surpassé l'avenir, et le fait de savoir les surprises qu'il cachait lui aurait donné une longueur d'avance.

- Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.


Eshiny se retourna pour voir Azraëlle finir de prononcer ces vers. Ces mystérieux vers. Etaient-ils destinés à Eshiny, ou étaient-ils seulement le reflet de l'être qu'était la vagabonde ? Une âme morte. Un corps vivant, mais sans raison. Juste avancer pour avancer. Sans aucun but, si ce n'est prouver que l'on peut vivre, vaincre ce à quoi les hommes croyaient, vaincre la mort, vaincre la vie, pour seulement continuer à avancer...Sans but, seulement continuer avec la seule volontée de le faire. Continuer, encore et toujours...



- Ta sagesse est-elle de construire pour attendre la destruction ? D'attendre que ton nom change pour te faire reconnaitre à nouveau? Tu te soumets à l'oubli. Quelle bêtise, immortelle...
Ces croyances ne sont que des noms. Les hommes nomment ce qu'ils ne contrôlent pas. les croyances ne meurent jamais. Puisqu'ils trouveront toujours à les nommer. Et si le diable disparait, si dieu n'est plus, ce ne sera alors que la fin des hommes: ils auront perdu la parole. Le jour on nous n'aurons plus la parole nous disparaîtrons. Sans noms rien n'existe plus. Il n'y a plus d'images.
Et ne compte de ce fait, plus sur l'ignorance. Car la peur nait, seulement, du désir. L'unique désir offre la crainte. En quoi? Comment? Réfléchis à ce que tu crains. Tu y verras le désir.
Aussi le temps nous a fait craints des mortels, notre perfection est envisageable, notre existence se peut. Ils conçoivent tout cela. Nous avons des noms. Ne crois pas en un Diable, ou en un Dieu. A l'instar de nous, les mortels les conçoivent. Nous sommes les dieux et les diables, et ces derniers sont nous. Nous sommes tout ce qu'ils ont pu créer. Les croyances mortelles n'ont pas de valeur.
Tu existes, ils t'envisagent Eshiny. Reine de Transylvanie. Ils ne t'ignorent pas. Pourtant te craignent.
Et notre seul atout, c'est la longévité. Nous ne craignons que ce que nous connaissons.
Tout disparaitra et l'on t'envisagera ailleurs. Tu seras toujours "personne". Puisqu'ici même ton règne te fais exister. Disparais, tendre immortelle, vas-t-en puis reviens. Toute ta légitimité sera là.
Accessible femme hautaine. Tu deviendrais mythique en partant.
Tu n'es aujourd'hui qu'une image.
Que puis-je te dire de plus, douce, voilà la plus grande certitude que j'ai acquise.


Eshiny releva la tête et regarda Azraëlle, parée d'un étrange sourire auquel elle n'accorda qu'une importance secondaire, en pensant. En pensant à ces dernières paroles. Ainsi Eshiny serait comme ces héroïnes grecques que rien ni personne ne peut faire oublier, ces femmes au destin tragique mais glorieux.
...
Il fallait reconnaitre, qu'indiscutablement, la vagabonde avait raison. Les êtres oublieraient le visage d'Eshiny, mais pas son nom. Surtout pas son nom. Seulement son visage, son image, mais son nom demeurera.
Eshiny se releva alors complétement, abandonnant son trône rudimentaire et arriva sur la rive de la rivière. Elle n'entra pas d'en l'eau souillée par le sang du mortel qu'Azraëlle avait tué, elle se contenta de rester aux abords.

- Et toi. Toi. Souviendrons-nous de ton nom ? Parmi les êtres encore capables d'ouvrir les yeux sous la Lune ou le Soleil, y en a-t-il seulement un qui se souvienne de ton nom ?...
Oui. Les choses meurent de ne plus avoir de nom, c'est d'ailleurs ainsi que Dieu mourra, lorsque plus aucune personne vivante ne se souviendra de son vrai nom, celui imprononçable. Et c'est ainsi que je mourrais aussi, mais quand ce moment arrivera, je n'existerais déjà plus.
Et toi. Toi. Existes-tu à l'instant où je te parle ? Ou es-tu seulement un fantôme ?
Azraëlle.
T'aide-je en prononcant ce nom ?
Azraëlle.
Te fais-je vivre encore ?
...Azraëlle ?


« Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques. »
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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Lun 25 Juin - 22:14

- Et toi. Toi. Souviendrons-nous de ton nom ? Parmi les êtres encore capables d'ouvrir les yeux sous la Lune ou le Soleil, y en a-t-il seulement un qui se souvienne de ton nom ?...
Oui. Les choses meurent de ne plus avoir de nom, c'est d'ailleurs ainsi que Dieu mourra, lorsque plus aucune personne vivante ne se souviendra de son vrai nom, celui imprononçable. Et c'est ainsi que je mourrais aussi, mais quand ce moment arrivera, je n'existerais déjà plus.
Et toi. Toi. Existes-tu à l'instant où je te parle ? Ou es-tu seulement un fantôme ?
Azraëlle.
T'aide-je en prononcant ce nom ?
Azraëlle.
Te fais-je vivre encore ?
...Azraëlle ?


Soigneusement absente, l'immortelle continua de s'éloigner comme avec tendresse, avec douceur de ce qui pouvait sembler vivant. Plus elle bougeait plus sa grâce éternelle la rendait morte. Car qu'était-elle d'autre qu'un autre cadavre animé d'un sang qui ne lui appartient pas. Sans doute pas grand chose. Elle était plus semblable au roc qu'à la feuille de chêne qui restait collée à son mollet par l'humidité de l'humus. Elle avançait dans l'eau. Eau dont elle aurait eu bien du mal à définir le genre? Vivante? Inerte? Ni l'un ni l'autre de ces deux mots ne correspondaient vraiment. Alors, tandis qu'elle s'avançait où le courant aurait vaincu un mortel, elle repris encore une fois l'une de étranges diatribes mentales, prenant cette fois le soin de s'ouvrir, comme une de ces précieuses huîtres dont l'aspect rebutant contient les plus lisses et les plus rares des perles. Elle élança sa pensée vers Eshiny. Son regard figé dans le vide mais pourtant pur et clair à la lecture disait "Tu me touches presque, n'hésite pas à te croire vainqueur." Enjôleur, méprisant et conquérant.

*Mais tu touches ce qui reste nommé, pauvre chose, tout le reste, l'innommable est plus profond que ce que tu verras jamais. Ne crois pas en ta victoire, elle est dérisoire. Tu ne peux t'y fier. Toute parole est faillible, il est de mon être bien plus étrange choses qui n'en sont pas et qui seront vérité. Entends immortelle que ce que tu vois t'apparait parole.
Tu crois me faire charité d'un nom dont je n'aie cure? Tu crois me faire don d'une existence que je renie. N'est-il pas plus mystérieux de n'exister que pour soi-même?
Eshiny, chère semblable, ne vois-tu pas que je crée la faillibilité? Te l'ai-je déjà dit? Je suis conteuse. Je parle le vrai pour le rendre faux. Ce qui est je le dit. Je dé-sexiste les choses, je tue le réel. Moi je ne m'en porte que mieux, ma vraie force est d'être absolument, purement et complètement vraie par le fait de ne vivre que de ma propre parole et mieux, tuant la réalité des autres. je m'obstine à nous rendre égaux. Ceux que j'ai tué, je suis la première à en oublier les noms. Ceux que je fais douter je ne m'en rappelle même plus.
Regarde toi immortelle, tu t'es attiré ma disgrâce éternelle, car il est peu de chance que je ne me souvienne de toi. Et je t'exècre parce que tu crois que j'ai besoin d'être nommé par les autres. Crois-tu que les autres pensent beaucoup à moi? Crois-tu que j'aie de l'amour pour eux? Je n'existe que par moi même, et je ne te suis redevable de rien.
Tu vois la logique? La mort n'existe que pour ceux qui sont de leur propre fait. Moi je peux mourir. Je crains que tu ne le puisse. Regarde moi, je me donne un sursis en créant l'effroi. Juste un sursis. Si je décide de mourir, j'irais tuer ceux qui se souviennent et le soleil m'étreindra. Je suis, pour l'heure, ma propre immortalité. Ta vision de la mort est fort humanisé car tu as oublié de contrôler cela. Maintenant tu peux ne plus maîtriser ta fragilité. Tu as négligé de pouvoir contrôler. Maintenant tout ce qui t'attache à la Terre t'es ennemi. Ton pouvoir est encore une fois factice.*


Le début de son discours avait été comme il avait fini: sagement maîtrisé et froid. Cependant le milieu lui avait échappé, un sentiment qui dépassait clairement son entendement avait surgi de ses mots. Une sorte de passion morbide l'avait enveloppé sans qu'elle le sache vraiment. Ce que cela voulait dire? Ni plus ni moins qu'elle y croyait. Il ne s'agissait pas de beaux mots comme elle savait si bien faire, non en ce moment elle parlait avec coeur... Comme si elle en avait un. Presque.

D'ailleurs occupée à jouer avec l'eau encore, elle referma son esprit juste à temps. Laissant volontairement s'échapper de sa pensée trois idées flottantes. Puis le silence revint dans son esprit.

*Occidit Verba.*


"-Je suis fatiguée. Lasse Ô Eshiny de tout ces dialogues. J'ai l'esprit plein de vers et de mots. Je ne sais lesquels t'offrir pour que tu adhère à ma réalité et à la vérité je n'ai guère envie que tu le fasses. Je ne disparaitrai pas tout de suite mais cela ne tardera pas, tu le sais, je séjourne rarement plus d'un mois dans le même endroit. Dis que j'ai fuit si cela t'es gré. Cela m'est égal. Nul honneur ne m'importe. Je ne nous souhaite pas de nous recroiser. Il se pourrait qu'alors j'aie envie de tuer. Là tu en sais assez. Mais je pense que nous nous re-croiserons bientôt."

Elle sortit de l'eau, dégoulinante. Sa main d'albâtre saisit une fraction de seconde celle d'Eshiny, elle la serra avant de la lâcher. Et puis qu'importait... Elle était déjà disparue. Esprit vif évaporé pour n'être plus que vagabonde entêtée déjà loin de sa semblable. Idiote fierté d'avoir le dernier mot, honneur qu'elle démentait mais qu'elle adorait. Pauvre gamine immortalisée sur l'autel de la souffrance, sale gosse trop jeune pour avoir vraiment compris comme le temps lui seyait bien. Elle aurait pu jouter longtemps en vers, en prose. Jouter avec les mots qui faisait sa vie... Sa mort. Mais non, elle filait. Elle aurait pu porter de belles robes, monter les meilleurs chevaux, être la plus belles des aristocrates, mais elle fuyait ce qui faisait l'humain tout en se raccrochant à ce qui était la nature même dudit humain: la parole. Les siècles devraient encore couler longtemps pour lui donner vue de cela. Pour qu'elle cesse enfin de fuir ce que l'immortalité n'ôtait à personne. L'humanoïdité.

Là d'où elle était Azraëlle rit. Un rire cascade, un rire d'enfant malade. Un rire empli de tout ce qu'elle savait et de ce qu'elle ne savait pas. Un rire perdu dans la foret, aussi perdu qu'elle sur la Terre.





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MessageSujet: Re: L'eau seule est éternelle...   Sam 30 Juin - 12:54

L’immortelle vagabonde resta silencieuse après les paroles d’Eshiny; dangereusement silencieuse. Elle se contentait d’avancer dans l’eau qui semblait faite de la même huile que ces lampes étranges que les mortels appelaient « à pétrole », lentement, insensible au courant qui lui était inverse, insensible au monde qui l’entourait. Il semblait n’y avoir que l’eau dans son esprit, « l’eau informe et multiforme ». Oh, Eshiny avait toujours redouté cette eau, cette rivière, les rivières, la mer, « la mer immense et verte », et l’océan. L’océan…Celui par lequel arrivaient ceux qui faisaient la gloire de Rome, celui par lequel arrivaient ceux qui causaient sa perte.
L’immortelle Transylvaine se contenta de regarda Azraëlle et bientôt, elle comprit que cette dernière lui adressait un message silencieux. Elle avait bloqué ses pensées depuis le début de cette entrevue et avait donc oublié de s’intéresser à celle d’Azraëlle. Peut-être les craignait-elle autant que les paroles et les vérités de l’autre immortelle.


*…Tu crois me faire charité d'un nom dont je n'aie cure? Tu crois me faire don d'une existence que je renie. N'est-il pas plus mystérieux de n'exister que pour soi-même?
Eshiny, chère semblable, ne vois-tu pas que je crée la faillibilité? Te l'ai-je déjà dit? Je suis conteuse. Je parle le vrai pour le rendre faux. Ce qui est je le dit. Je dé-sexiste les choses, je tue le réel. Moi je ne m'en porte que mieux, ma vraie force est d'être absolument, purement et complètement vraie par le fait de ne vivre que de ma propre parole et mieux, tuant la réalité des autres. Je m'obstine à nous rendre égaux. Ceux que j'ai tué, je suis la première à en oublier les noms. Ceux que je fais douter je ne m'en rappelle même plus.
Regarde toi immortelle, tu t'es attiré ma disgrâce éternelle, car il est peu de chance que je ne me souvienne de toi. Et je t'exècre parce que tu crois que j'ai besoin d'être nommé par les autres. Crois-tu que les autres pensent beaucoup à moi? Crois-tu que j'aie de l'amour pour eux? Je n'existe que par moi même, et je ne te suis redevable de rien.
Tu vois la logique? La mort n'existe que pour ceux qui sont de leur propre fait. Moi je peux mourir. Je crains que tu ne le puisses. Regarde moi, je me donne un sursis en créant l'effroi. Juste un sursis. Si je décide de mourir, j'irais tuer ceux qui se souviennent et le soleil m'étreindra. Je suis, pour l'heure, ma propre immortalité. Ta vision de la mort est fort humanisée car tu as oublié de contrôler cela. Maintenant tu peux ne plus maîtriser ta fragilité. Tu as négligé de pouvoir contrôler. Maintenant tout ce qui t'attache à la Terre t'est ennemi. Ton pouvoir est encore une fois factice.*


Eshiny ne répondit rien à ces pensées qui lui semblaient tant paroles. Elle se contenta de regarder Azraëlle encore. Sa beauté si surnaturelle, si enchanteresse…Si elle avait osé…Elle aurait accouru dans cette eau ensanglantée, la rejoindre. Pourquoi ? Oh ça ! elle l’ignorait. Juste pour être près de cette fascinante vampire, la comprendre, la connaître. Savoir où et comment elle était née, un peu plus sur sa vie mortelle, sur sa transformation, sur ses premiers siècles, sur les épreuves qu’elle avait traversé, sur ce qu’elle avait dû voir, connaître, les pays qu’elle avait visité, les raisons de sa présence même en cette forêt châtelaine.
Exhibant un visage profondément neutre, comme vidé de toute trace d’humanité, d’immortalité, de personnalité, aussi muet que celui d’une statue au cœur d’un temple grec, Eshiny écouta les paroles bien vocales qu’Azraëlle prononça :

- Je suis fatiguée. Lasse Ô Eshiny de tous ces dialogues. J'ai l'esprit plein de vers et de mots. Je ne sais lesquels t'offrir pour que tu adhères à ma réalité et à la vérité je n'ai guère envie que tu le fasses. Je ne disparaîtrai pas tout de suite mais cela ne tardera pas, tu le sais, je séjourne rarement plus d'un mois dans le même endroit. Dis que j'ai fuit si cela t'es gré. Cela m'est égal. Nul honneur ne m'importe. Je ne nous souhaite pas de nous recroiser. Il se pourrait qu'alors j'aie envie de tuer. Là tu en sais assez. Mais je pense que nous nous re-croiserons bientôt.

Le visage d’Eshiny s’anima légèrement, en un rapide mouvement des sourcils exprimant une faible incompréhension lorsqu’Azraëlle sortit de la rivière. Elle saisit si furtivement la main d’Eshiny de la sienne froide, comme la Transylvaine l’avait fait des centaines de fois à de jeunes vampires pour savoir s’ils étaient forts, pour leur prouver que elle, elle l’était. Néanmoins, en cette situation, ce n’était pas pareil, rien n’était pareil. Eshiny n’avait jamais eu de l’attirance que pour un mortel, Lazare, jamais pour un immortel. Mis à part peut-être son fils de sang si elle l’avait retrouvé. Son attirance pour Azraëlle avait quelque chose de psychique, hypnotique. « Elle n’était pas comme les autres ». Parole vulgaire tant elle était commune. Nul n’était comme un autre mais en particulier cette immortelle. Etait-ce son âge qui faisait cela ? Son passé ?
La Transylvaine cligna des paupières que déjà Azraëlle avait disparu dans la nuit, aussi noire que sa chevelure. Une détresse quasi-enfantine apparue sur son visage lisse et blanc, comme perdue. Un léger gémissement s’échappa de sa bouche rouge si inhumaine. Elle tourna la tête à droite puis à gauche comme si elle s’attendait à voir Azraëlle à quelques pas d’elle…Alors elle se mit à courir. Vite. Aussi vite que nul ne le peut. A travers les arbres, les racines et feuilles, plus vite encore que lorsqu’elle avait rejoint Azraëlle à la seule différence qu’elle ne faisait plus attention à rien. Ni aux croassements des corbeaux qui s’envolaient, ni aux hululements des chouettes, à rien. Elle chuta plusieurs fois mais se releva si vite que ç’en était imperceptible. Arrivant dans une clairière où se mêlaient hêtres et sapins, elle comprit qu'elle ne retrouverai pas Azraëlle, qu'elle était partie pour de bon. Excédée elle poussa un cri de rage au milieu des arbres, plus animal qu'humain. Elle voulait retrouver Azraëlle, elle la voulait.


« Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques. »
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